Après l’affaire Patrick Bruel, la programmation ce samedi à Porrentruy du rappeur Naps, condamné pour viol en première instance, fait du bruit dans le Jura. Le patron du festival du Chant du Gros, Gilles Pierre, éclaire la difficulté d’assurer une programmation en évitant les scandales.
Patrick Bruel devenu persona non grata sur scène après des accusations de violences sexuelles, et la venue ce samedi à Porrentruy du rappeur Naps, condamné pour viol en première instance, qui provoque un appel au boycott du CS-POP… Autant d’affaires qui questionnent la programmation musicale des festivals. Le rappeur français, auteur de « La Kiffance », a en effet été condamné pour le viol d’une femme dans son sommeil à sept ans de prison mais a fait appel et le CS-POP invite au boycott et à la condamnation de sa venue au club En scred. Contacté par RFJ ce mercredi, le club n’a pas répondu aux sollicitations de la rédaction. « Éthiquement, on ne voit pas comment on peut maintenir un artiste qui fait la une, mais financièrement, c’est aussi très compliqué », concède le patron du Chant du Gros. Gilles Pierre a d’ailleurs fait face à une situation similaire l’an dernier : « On a confirmé un artiste et, peu de temps après l’avoir confirmé, on a appris qu’une histoire venait d’éclater, qu’il était en garde à vue. On s’est donc arrangé avec l’agent et on n’a pas signé le contrat, on a donc pu faire marche arrière », explique-t-il. Dans le cas où le contrat avec l’artiste est déjà signé, l’annulation peut coûter très cher aux organisateurs : « Dès le moment où le festival signe un contrat, s’il est responsable de l’annulation de l’artiste, il doit payer l’intégralité du cachet. Une tête d’affiche française peut coûter jusqu’à 500'000 euros. (…) On n’a pas d’assurance qui peut couvrir le fait d’annuler un artiste parce qu’il est condamné », détaille Gilles Pierre.
Entretien avec le patron du Chant du Gros, Gilles Pierre, qui revient d'abord sur l'affaire Patrick Bruel.
Liberté d’expression, jusqu’où ?
Outre les violences sexuelles, les festivals peuvent aussi être confrontés à des artistes qui tiennent des propos politiquement extrêmes. Alors, quid de la morale ou des qualités artistiques pour guider la programmation ? Il s’agit souvent d’un jeu d’équilibriste, comme l’explique Gilles Pierre : « La liberté d’expression est primordiale. (…) Mais si quelqu’un venait à être homophobe ou à tenir un langage raciste, c’est sûr qu’on ne le programmerait pas. En tant que programmateur, vous comprenez bien qu’on ne peut pas demander le casier judiciaire de chaque artiste et être devin sur ce que l’artiste va bien pouvoir faire comme bêtises durant l’année ». Pour lui, la condamnation constitue une limite importante : « On arrête tout dès le moment où l’artiste est effectivement condamné. Dans le cas de Bruel, on est sur une exception car il y a plusieurs plaintes. Si la personne est condamnée, on ne la fait pas jouer au festival, idem si la personne a énormément de casseroles ». Le patron du festival Dritchino, Serge Surgand, affirme quant à lui ne pas avoir été confronté à de telles affaires mais il se « battrait pour annuler un concert » d'un artiste condamné ou sous le coup d’accusations. « Je ne vois pas Patrick Bruel chez nous actuellement », dit-il notamment. Serge Surgand reconnaît tout de même un défi financier : « Ce serait catastrophique si cela arrivait sur une tête d’affiche ». /mmi









