Les prés sont grillés, les stocks prévus pour l’hiver déjà entamés : il est de plus en plus compliqué, pour les agriculteurs du Jura et de Suisse, de s’approvisionner en fourrage pour nourrir leurs bêtes. Signe que la pénurie est sévère, la Confédération a autorisé ce lundi l’accès à 20% de ses réserves obligatoires de fourrages protéagineux.
Si l'offre sur les marchés mondiaux est jugée suffisante, la problématique du transport des marchandises met la Suisse sous pression. En effet, les fourrages sont essentiellement acheminés dans le pays par voie fluviale ; or le niveau du Rhin et du Danube est très bas, ce qui implique que les bateaux ne peuvent pas être aussi chargés qu’en temps normal.
Exportateurs français insultés
Pour se fournir, certains agriculteurs de la région font appel à des entreprises françaises qui transportent la précieuse marchandise par la route. Nous avons joint la société Dumont & Guillaume en Franche-Comté, spécialisée dans le commerce de paille et de fourrage. Comme l’explique le patron, Romuald Guillaume, les trajets vers la Suisse sont très mal perçus côté français. Des panneaux placés à certains endroits de la frontière appellent les exportateurs à garder leur marchandise sur sol français. Mais la forte augmentation de la demande a poussé les tarifs vers le haut, et Romuald Guillaume souligne que si ses clients suisses – souvent des clients de longue date – ne rechignent pas devant les prix affichés, les Français ne sont pas en mesure de débourser autant.
Romuald Guillaume : « Je ne vois pas pourquoi on laisserait tomber nos clients suisses. »
Le négociant explique se fournir auprès de producteurs qui, face à la volatilité du prix des céréales, ont choisi de faire du fourrage. « Mais ça devient compliqué d’en trouver » dans les conditions actuelles, indique-t-il. Pour son entreprise, la période actuelle est intense : « On a trois camions d’habitude, mais si on en avait 5, 6 ou 7, on arriverait à faire tourner. » Romuald Guillaume sait toutefois que la situation peut être tout à fait différente l’année prochaine. /lad








