Derrière la fusillade d’Aarau, le « syndrome Amok »

Plusieurs fois cité par la police argovienne, le mot « Amok » caractérise un accès de folie ...
Derrière la fusillade d’Aarau, le « syndrome Amok »

Plusieurs fois cité par la police argovienne, le mot « Amok » caractérise un accès de folie meurtrière, sans mobile apparent ni revendication. Ariel Eytan, médecin spécialisé en psychiatrie forensique, décrypte ce phénomène.

La fusillade d'Aarau, perpétrée sans mobile clair selon la police, a fait un mort et six blessés. (Photo : KEYSTONE/Michael Buholzer) La fusillade d'Aarau, perpétrée sans mobile clair selon la police, a fait un mort et six blessés. (Photo : KEYSTONE/Michael Buholzer)

Cinq jours après la fusillade d’Aarau qui a fait un mort et six blessés, la piste d’une attaque « à l'aveugle » reste privilégiée par les enquêteurs. Aucun mobile précis ne vient pour l'heure éclairer la fusillade d'Aarau perpétrée le week-end dernier par un Jurassien de 43 ans, domicilié dans le Val Terbi, qui s’est rendu à la police à Delémont près de 24h après les faits. La police argovienne évoquait mercredi un phénomène « Amok » qui caractérise un accès de folie meurtrière. Le psychiatre genevois Ariel Eytan, spécialisé en psychiatrie forensique, a écrit un article sur le sujet dans la revue médicale suisse en 2019.


« L’absence de motif clairement identifiable fait partie du tableau »

Les premières descriptions de ce « syndrome Amok » remontent au 16e siècle en Malaisie. « Il s'agissait de personnes en apparence très calmes, quasiment exclusivement des hommes, qui d’un coup prenaient un poignard, partaient en courant et tuaient tout sur leur passage », explique le médecin psychiatre qui a ensuite relié cette définition historique aux comportements actuels. À l’image des premiers éléments du profil du suspect, « l’absence de motif clairement identifiable fait partie du tableau » du syndrome Amok peut-on lire dans la revue médicale suisse.

Ariel Eytan : « A l’origine, des personnes en apparence très calmes qui soudain partaient en courant et tuaient tout sur leur passage. »

« On a essayé de mieux définir les caractéristiques de ces personnes. Le profil type, ce sont des hommes d’âge moyen qui ont des problèmes d’addiction, qui sont déprimés, souvent avec des traits de personnalité paranoïaque, qui se sentent persécutés ou narcissiques, possiblement en retrait de la société. Les motivations sont difficiles à cerner, mais c’est souvent un sentiment de préjudice, de colère ou de révolte contre la société qui ne répond pas à leurs attentes », développe Ariel Eytan. Dans le cas de la fusillade d'Aarau, la police argovienne a simplement avancé que l'auteur « souffrirait de troubles psychiques ».


Passage à l'acte « difficile à anticiper »

Autre point clé relevé, « l’accès aisé à des armes à feu facilite aussi le passage à l’acte ». Trois armes, légalement détenues par l’homme interpelé lundi dernier, ont justement été saisies. Si ce fait risque de relancer le débat sur la quantité d’armes non négligeable présente dans les foyers en Suisse, le médecin spécialisé en psychiatrie forensique relève que ces passages à l’acte restent difficiles à anticiper. « Il peut quand même y avoir des signaux d’alerte, notamment si la personne est déjà suivie ou connue de la psychiatrie. Ça peut être une personne qui s’annonce de manière répétée comme ayant des sentiments d’injustice, surtout lorsque c’est associé à des abus de substances et à cet accès facile à des armes à feu ».

Psychiatres et psychologues peuvent alerter les autorités en cas de « signes tangibles »

Dans un tel cas, le secret médical n'est pas un frein pour que le psychiatre ou psychologue signale ce terrain propice à un passage à l’acte aux autorités « quand il y a des signes suffisamment tangibles ». Ariel Eytan relève néanmoins que le phénomène étant rare en Suisse, il est difficile de tirer des caractéristiques générales ou des statistiques, contrairement aux États-Unis bien plus fréquemment exposés à ces tueries de masse. /jpi


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