C’est un ouvrage didactique qui vient de paraître aux éditions neuchâteloises. Neuchâtel et le Jura sont particulièrement concernés par le phénomène, qui fait de la Suisse une championne d’Europe en la matière.
La Suisse est de loin la championne d’Europe du travail frontalier. C’est l’un des faits saillants d’un nouvel ouvrage paru chez Alphil, « Le travail frontalier en Suisse. 30 questions ». Il y a aujourd’hui plus de 400'000 travailleurs frontaliers en Suisse. Ce livre, coécrit par le Jurassien Jean-Claude Rennwald, le journaliste chaux-de-fonnier d’ArcInfo Daniel Droz, le Valaisan Stéphane Rossini et le président du Forum transfrontalier Arc Jurassien Alexandre Moine, se veut une porte d’entrée vers cette réalité source de prospérité et de tensions.
« Les travailleurs frontaliers sont aujourd’hui cinq fois plus nombreux qu’il y a cinquante ans », relève l’initiateur du projet, Jean-Claude Rennwald. Selon lui, deux phénomènes sont à l’œuvre : « La bonne santé de l’économie suisse et la libre circulation des personnes conclue en 2000 avec l’Union européenne. » A relever que 25% des emplois dans le Jura sont occupés par des personnes résidant à l'étranger, une proportion qui atteint 15% dans le canton de Neuchâtel.
Jean-Claude Rennwald : « Le nombre de travailleurs frontaliers est cinq fois plus grand qu'il y a 50 ans. »
Le sujet des travailleurs frontaliers revient périodiquement sur le devant de la scène politique. C’était le cas ce printemps avec la réouverture du débat sur les indemnités de chômage. « Les salariés cotisent en Suisse et lorsqu’ils sont au chômage, ce sont les systèmes nationaux, notamment français, qui vont devoir payer. Malheureusement, on n’a pas une approche harmonisée. Par exemple pour l’assurance maladie, les travailleurs frontaliers peuvent choisir entre la Suisse [et leur pays de résidence]. La négociation politique sur l’assurance chômage va durer certainement quelques années », anticipe le Valaisan Stéphane Rossini, ancien président du Conseil national.
Stéphane Rossini : « La négociation politique sur l'assurance chômage va certainement durer quelques années. »
Comment mieux accompagner le phénomène ? L’une des réponses, selon Daniel Droz, c’est d’améliorer les transports publics : « Dans l’Arc jurassien franco-suisse, 97% environ des travailleurs frontaliers viennent en voiture. Il y a plusieurs explications : éloignement des gares par rapport aux lieux de domicile, horaires inadaptés et surtout des fréquences [de trains] plutôt rares. On pourrait électrifier la ligne ferroviaire entre le Col-des-Roches et Morteau. On pense que ça se répercuterait sur le trafic motorisé individuel, qui diminuerait et irriterait moins les gens qui pestent dans les bouchons. » Mais politiquement, ce dossier est depuis longtemps au point mort.
Daniel Droz : « Dans l'Arc jurassien franco-suisse, 97% des travailleurs frontaliers viennent en voiture. »
Le travail transfrontalier contribue à la prospérité de la Suisse, mais il ne fait pas que des heureux. Si les conversations près de la frontière franco-suisse peuvent être très animées à propos des « plaques françaises », les motifs d’insatisfaction sont plus nombreux chez nos voisins français. « Les questions de mobilité qui ne fonctionne pas et d’aménagement du territoire, avec une saturation foncière et une dégradation des paysages et de l’environnement, c’est ce qui touche en France. De même que les entreprises françaises qui regrettent que la formation qu’elles assument profite aux frontaliers qui les quittent », relève Alexandre Moine.
Alexandre Moine : « Le phénomène frontalier est là et provoque les irritants que voient les Français. »
« Le travail frontalier en Suisse. 30 questions » n'est donc pas qu'une porte d'entrée, elle est aussi une contribution factuelle au débat, en 148 pages. /vco








