L’Office jurassien de l’environnement juge la décision de l’OFEV rationnelle et justifiée. D’autres voix, dont celle du projet « Doubs vivant », déplorent cet abandon de la dernière chance contre l’avis des experts.
Le dernier plan de sauvetage possible de l'apron du Doubs est abandonné. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) renonce à lancer un plan d'élevage et de conservation pour réintroduire des individus dans le Doubs. La mesure aurait coûté 1,8 million de francs sur 15 ans selon une étude de faisabilité qui prévient également que les chances de succès sont incertaines. Pourtant, les experts mentionnent dans ce rapport des risques d'échecs « acceptables » et « recommandent la mise en œuvre de cette stratégie de conservation ». Mais l'OFEV y voit « de faibles chances de succès qui ne sauraient justifier un effort si important ». Un constat partagé, la mort dans l’âme, au sein de l'Office jurassien de l'environnement.
Laurent Gogniat : « L’étude détaillée nous montre que les chances de succès d’une telle opération sont très faibles. »
« C’est une décision rationnelle. L’étude détaillée nous montre que les chances de succès d’une telle opération sont très faibles. D’abord parce qu’on part avec un capital génétique très faible avec une seule femelle à l’origine des descendants de l’apron du Doubs. Et puis on n’a aucune garantie que le Doubs ait encore les capacités, avec la température qui augmente et différents facteurs, d’offrir des conditions d’habitat durable pour cette espèce », expose Laurent Gogniat, responsable du Domaine nature au sein de l’Office jurassien de l’environnement.
« Il y a des risques, mais on vient de dire non à la dernière chance »
Cet abandon passe beaucoup moins auprès des ONG, dont le projet « Doubs vivant » qui déplore une décision qui acte « l’extinction du Roi du Doubs ». L’organisme, consulté dans le cadre de cette étude, coordonne notamment les intérêts de Pro Natura, du WWF et de la Fédération suisse de pêche.
Aline Chapuis : « L’étude de faisabilité recommande pourtant de lancer ce programme de repeuplement... »
« Le coût de 1,8 million de francs est à prendre sur 15 ans. Oui il y a des risques d’échec, mais c’est aussi la dernière opportunité, et la Suisse vient de renoncer à cette dernière fenêtre d’action pour sauver l’apron. L’étude de faisabilité recommande pourtant de lancer ce programme de repeuplement, donc on est surpris de cette décision », réagit Aline Chapuis, chargée de projet à « Doubs vivant ». L’État jurassien ne « combattra pas » la décision de l’OFEV, mais d’autres voix s’élèvent. Dont celle du conseiller national jurassien Loïc Dobler qui a déposé une question d'actualité demandant au Conseil fédéral de revoir sa copie, estimant qu’il envoie « un signal préoccupant sur la volonté réelle de la Confédération de protéger la biodiversité lorsque le succès n’est pas garanti à 100% ». /jpi








