Une femme et son amant comparaissent devant la justice jurassienne pour répondre notamment d'assassinat. Le procès a démarré ce lundi matin au tribunal de première instance à Porrentruy. Les faits remontent à février 2018 à Delémont. L'homme est accusé d'avoir tué le mari de la femme avec qui il entretenait une liaison en le frappant à la tête avec une massette, puis d'avoir mis le feu à l'appartement pour maquiller le crime en accident. Et ce avec la complicité de son amante. Les deux prévenus de nationalité étrangère sont également accusés d’avoir déjà tenté de tuer le père de famille quelques jours auparavant en empoisonnant son café. Ils risquent respectivement 18 et 16 ans de prison.
« Je n’ai pas d’excuses, je suis conscient de ce que j’ai fait. » a déclaré le prévenu, qui souhaite endosser seul la responsabilité de cette affaire macabre. « Elle ne m’a jamais demandé de faire ça », ajoute-t-il en évoquant son amante, l’épouse de la victime. La prévenue – complice ou instigatrice présumée – se défend face à l’interprétation faite des nombreux messages échangés avec le prévenu avant le drame. « Je suis devant la justice à cause d’une mauvaise traduction. J’ai perdu trois ans de ma vie en détention, mon âme et mes enfants », déclare-t-elle entre deux sanglots. Le procureur, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Les deux amants voulaient tout faire pour être ensemble, et le mari était devenu l’obstacle à cette relation. Pour lui, ils sont coupables et complices : « Le plan était précis, les rôles répartis et les prétextes préparés », dit-il. Les prévenus ont ensuite cherché à brouiller les pistes après l’acte. Le procureur requiert donc 18 et 16 ans de prison pour assassinat, délit manqué de meurtre et incendie intentionnel. Le tout assorti d’une expulsion du territoire suisse de 15 ans.
Un « meurtre passionnel » selon la défense
Les avocats de la défense ont évoqué l’histoire d’un amour interdit entre les deux amants et l’attention déployée à ce que rien ne soit découvert. Ils ont également évoqué le père de famille tué pour mettre en lumière la souffrance de son épouse : l’homme était violent, toxicomane, ne gardait aucun de ses emplois et dépensait tout son argent pour de la drogue. Le défenseur du prévenu a estimé que son client avait un rôle de substitut, notamment sur le plan affectif. Sans minimiser son acte mortel, il a plaidé pour le meurtre passionnel et une peine maximale de 11 ans de prison.
De son côté, l’avocate de la prévenue a défendu la thèse de la mauvaise traduction des messages échangés par les amants. « C’était des discussions entre amoureux qui souffraient de ne pas pouvoir se voir », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter que sa cliente n’a jamais voulu la mort de son mari. L’avocate a ainsi demandé l’acquittement et le versement d’un montant pour tort moral. Dans cette affaire, une grande partie repose donc sur l’interprétation de ces messages. Le jugement sera rendu mercredi matin. /rch









