Le blanchiment des coraux commence plus tôt que supposé

Le processus entrainant la dépigmentation des coraux commence plus tôt qu'on ne le supposait ...
Le blanchiment des coraux commence plus tôt que supposé

Le blanchiment des coraux commence plus tôt que supposé

Photo: KEYSTONE/EPA/AIMS

Le processus entrainant la dépigmentation des coraux commence plus tôt qu'on ne le supposait, selon une étude internationale avec participation de l'EPFL. Il semble lié à une rupture de l’équilibre métabolique entre les coraux et les algues symbiotiques.

Comme tous les animaux, les coraux doivent se nourrir pour vivre. Problème: une grande majorité d’entre eux vit dans des zones tropicales très pauvres en nutriments, sortes de déserts océaniques qui donnent à l’eau cette clarté cristalline autour des récifs. Sans nourriture à portée, les coraux ont mis en place un processus remarquable: la symbiose avec des algues unicellulaires.

Ces dernières se développent dans les tissus du corail, qui leur offre un abri sûr et des conditions favorables pour se développer en absorbant le dioxyde de carbone qu’elles dégagent. En échange, ces algues fournissent, par photosynthèse, les nutriments qu’elles produisent aux coraux, qui en ont besoin pour se nourrir. Ce sont ces algues aux pigments variables qui donnent aux récifs leurs couleurs bien connues.

Pendant les grandes vagues de chaleur qui frappent épisodiquement les océans tropicaux depuis 35 ans, les scientifiques ont observé que les algues, stressées par la chaleur, libèrent des molécules toxiques pour le corail, alors contraint à les expulser de son organisme. Il perd alors sa couleur et sa principale source d’alimentation, et commence à mourir de faim.

Les coraux blanchis ne meurent pas si les conditions environnementales reviennent à la normale, car la population d’algues symbiotiques finit par se rétablir. Mais si le phénomène de chaleur persiste ou est aggravé par d’autres facteurs comme la pollution, les coraux deviennent trop fragiles pour survivre, indique mercredi l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) dans un communiqué.

Rupture de symbiose

Dans la revue américaine PNAS, Nils Rädecker, scientifique au Laboratoire de géochimie biologique de l’EPFL, apporte une avancée majeure dans la compréhension de ce phénomène de rupture symbiotique entre le corail et les algues.

'Nous montrons pour la première fois que le corail commence déjà à souffrir de la faim longtemps avant l’expulsion des algues, qui arrêtent de lui fournir suffisamment de nutriments alors qu’elles sont toujours dans son organisme', explique le chercheur, cité dans le communiqué.

Les scientifiques savaient déjà que le réchauffement des océans est le principal facteur à l'origine de la rupture de la relation symbiotique. Mais la grande nouveauté est que le corail lui-même est dans un état de stress et de manque de nutriments bien avant la production par les algues de molécules nocives.

Pour parvenir à ces conclusions, Nils Rädecker a étudié pendant plus d’un an un récif du centre de la mer Rouge, au large de Thuwal, en Arabie saoudite, ville qui héberge le Red Sea Research Center au sein de la King Abdullah University of Science and Technology.

Il a ensuite reproduit ces conditions environnementales dans les aquariums du Centre afin de pouvoir étudier les coraux dans des conditions contrôlées. Les données ont ensuite été analysées dans plusieurs laboratoires.

'Nous pouvons utiliser ces informations pour identifier les coraux qui sont beaucoup plus résistants au blanchiment. Nous saurons ainsi quels récifs protéger à l'avenir, en connaissant ceux qui ont une meilleure chance de survivre', conclut Nils Rädecker. Des chercheurs de l’Université de Constance (D) ont également participé à ces travaux.

/ATS