Les bénéficiaires de droits de pêche privés ne se laisseront pas faire

Les pêcheurs disposant d'un droit de pêche privé dans le canton du Jura vont se rencontrer ...
Les bénéficiaires de droits de pêche privés ne se laisseront pas faire

Les pêcheurs disposant d'un droit de pêche privé dans le canton du Jura vont se rencontrer afin de défendre leurs privilèges

La pêche privée doit perdurer selon les bénéficiaires Les pêcheurs jurassiens bénéficiant d'un droit de pêche privé ne sont pas soumis à la loi jurassienne sur la pêche (photo: archives).

C’est un dossier qui occupe le Gouvernement depuis 2013 déjà après une question écrite de Frédéric Lovis, député PCSI. Que faire avec les bénéficiaires de droits de pêche privés sur sol jurassien ? Sur 42 kilomètres de cours d’eau situés dans le Val Terbi, notamment la Scheulte, la Gabiare et le ruisseau de Montsevelier, certains pêcheurs jouissent de privilèges et échappent à la législation jurassienne sur la pêche.

Une particularité propre au canton du Jura qu’a soulevée à son tour Ami Lièvre, député au Parlement jurassien et vice-président de la Fédération cantonale des pêcheurs jurassiens (FCPJ). Le socialiste estime qu’il est temps de s’occuper de ce « no man’s land » à l’intérieur du canton. Afin de clarifier la situation, l’Ajoulot avait déposé en fin d’année une question écrite au Gouvernement jurassien.

 

L’Etat intéressé à un rachat

La réponse de l’Etat mettait à jour l’existence de 21 droits de pêche privés sur ces tronçons. Le Gouvernement s’engageait à prendre contact avec tous les pêcheurs privilégiés « afin de connaître leurs intentions », l’enjeu final pouvant être le rachat de ces droits par l’Etat. Ce dernier faisait aussi remarquer qu’il possède « un droit de préemption en cas de vente spontanée du droit de pêche ».

Ami Lièvre avait encore déposé une motion le 1er février. Son but est d’obliger les bénéficiaires de ces privilèges à participer aux frais d’investissement en vue d’améliorer la qualité biologique des tronçons concernés. Autrement dit, l’étau autour des pêcheurs se resserre.

 

Qui sont-ils ?

Jusqu’ici, dans toute cette histoire, pas de traces de ces fameux bénéficiaires. « Ce sont des Bâlois », nous a-t-on répondu. « Des droits qui dateraient de l’époque de l’évêché de Bâle », ou encore, « des droits qui datent de l’époque bernoise, avant l’indépendance du Jura ».

Et effectivement, dans le cas de Michel Choulat, de Courtemaîche, le droit a été racheté à un Prévôtois, en 1973. « C’est mon père qui avait acheté ces droits de pêche sur la Scheulte et la Chèvre avec un chalet également. Depuis ce moment, nous les avons toujours gardé et j’en ai ensuite hérité », confie Michel Choulat, sans vouloir préciser le montant investi à l’époque. Selon nos informations, les pêcheurs concernés ne sont pas tous domiciliés en dehors du canton. D’autres personnes installées à Vicques, Bourrignon et même des fondations possèdent ces droits.

 

Pas en Russie

« Ils veulent nous prendre ce que l’on a depuis cinquante ou cent ans, je trouve que c’est inadmissible », s’exclame Michel Choulat, pisciculteur de profession. « Nous ne sommes pas en Russie ici », continue-t-il. Quant à l’option du rachat par le canton, elle est tout de suite balayée de la main par le pêcheur jurassien qui ne désire pas s’exprimer sur le sujet.

 

Sensation de liberté

L’habitant de Courtemaîche tient à son droit et à la liberté qu’il lui procure. « Ce qui est appréciable, c’est de pouvoir être un peu seul avec personne autour sur le cours d’eau et d’y aller sans devoir posséder un permis de pêche. Nous pêchons avec trois amis. Après, souvent, on finit au chalet qui se trouve au bord du cours d’eau afin de déguster nos prises ».

Sur son tronçon de pêche, Michel Choulat est souverain. « Nous respectons le temps d’ouverture de pêche ainsi que les tailles minimales des poissons. Je n’ai jamais vu le garde-faune et je crois que ce n’est pas non plus son but d’aller contrôler les privés », lance-t-il. Un constat que confirme Amaury Boillat, le garde-faune jurassien. « Ils ne sont pas soumis au règlement cantonal sur la pêche mais à celui qui est fédéral. De notre côté, nous avons donc de très faibles capacités d’action. Les bénéficiaires de ces droits sont sensés s’organiser eux-mêmes avec un propre garde-pêche ».

 

S’unir pour lutter

Et les pêcheurs souverains n’attendront pas afin de s’organiser. « On va essayer de se mettre ensemble, de se réunir afin de voir ce que l’on peut faire. Je ne sais pas comment fonctionnent les lois, ni quelle est la marge de manœuvre du Gouvernement. Il faudra avant tout encore prendre connaissance de leur position. Mais nous ne nous laisserons pas faire », conclut Michel Choulat. /jore

Michel Choulat explique les origines de son droit :


Actualisé le

 

Actualités suivantes

Articles les plus lus