Deux francs pour un avocat, le bâtonnier du Jura ne mord pas à l'hameçon

Lancée vendredi dernier, la plateforme nationale AvocaTel.ch peut poser plusieurs problèmes ...
Deux francs pour un avocat, le bâtonnier du Jura ne mord pas à l'hameçon

Lancée vendredi dernier, la plateforme nationale AvocaTel.ch peut poser plusieurs problèmes de déontologie selon le chef de l’Ordre des avocats jurassiens

Consulter un avocat pour la modique somme de deux francs, la proposition de la nouvelle plateforme AvocaTel.ch est alléchante. Lancée vendredi dernier à l’initiative d’un jeune avocat fribourgeois, elle fait pourtant grincer les dents... des avocats ! Comme tous les avocats du pays, Claude Jeannerat, bâtonnier de l'Ordre des avocats du Jura, a reçu un mail d'AvocaTel pour l’inviter à adhérer à cette nouvelle plateforme : 900 francs de cotisation pour être inscrit sur le site.

 

Confidentialité et conflit d'intérêt

« Ma première réaction a été d’envoyer un petit mail à mes confrères de l’Ordre des avocats jurassiens pour leur demander de ne pas adhérer à ce projet », confie Claude Jeannerat. Pas assez d’information, ni de garanties, la solution à première vue attrayante risque de poser plusieurs problèmes selon Claude Jeannerat. « D’abord un problème de confidentialité. La société AvocaTel.ch ne porte pas de responsabilité. Les informations données seront-elles gardées confidentielles ? On peut aussi imaginer, surtout dans notre canton qui comporte peu d’avocats (NDLR 54), une situation où un avocat va conseiller une partie et la partie adverse car il n’aura pas les éléments suffisants pour se rendre compte du conflit d’intérêt », fustige encore le Bâtonnier.

 

 « Une consultation téléphonique pour donner un rendez-vous dans une étude »

L’argument massue pour le particulier, c’est évidemment le prix : deux francs la consultation de vingt minutes ! Claude Jeannerat ne le cache pas, le tarif horaire dans une étude jurassienne tourne autour de 270 francs. Mais là encore, les prix défiants toute concurrence ne sont selon lui qu’un appât. « Pour l’avocat qui adhère à la plateforme, quel est l’intérêt de fournir des renseignements juridiques gratuitement. Si ce n’est pour donner au client un rendez-vous dans son étude au terme de la consultation téléphonique ? Sinon ça n’a pas d’intérêt ! Je serais complètement stupide de payer 900 francs de cotisation pour donner des consultations gratuites toute l’année ! Le but est évidemment de trouver des mandats, et par ce biais cela pose aussi un problème de déontologie », perçoit le chef de l’Ordre des avocats jurassiens.

Pour appuyer la grogne des avocats suisses face à ce nouveau produit, il relève aussi le faible nombre d’adhérents. Depuis le lancement d’Avocatel.ch, seuls 5 avocats ont adhéré et sont référencés sur l’ensemble du pays. Et aucun de l’Arc jurassien parmi eux. /jpi

 


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