Accusé de délit manqué de meurtre sur sa compagne, il nie

Le ministère public requiert 5 ans et demi de prison ferme à l’encontre d’un homme accusé d’avoir ...
Accusé de délit manqué de meurtre sur sa compagne, il nie

Le ministère public requiert 5 ans et demi de prison ferme à l’encontre d’un homme accusé d’avoir laissé sa compagne pour morte en forêt, la défense plaide l’acquittement

Le prévenu évoque une bonne soirée arrosée autour de grillades et d’une relation amoureuse. La plaignante, elle, dépeint un calvaire et des gestes de barbarie. Un homme doit répondre depuis ce jeudi de délit manqué de meurtre devant le Tribunal pénal à Porrentruy. Durant une nuit de juillet 2015 dans le district de Delémont, il aurait selon l’accusation enfermé la victime dans sa voiture avant de la traîner en forêt puis de la rouer de coups avec une pierre et de l’étrangler en la laissant pour morte. La plaignante présentait alors plusieurs blessures au corps et au visage.

 

Des zones d’ombre dans les explications du prévenu

Mais le prévenu nie catégoriquement les faits et écarte toute dispute ou bagarre, non sans quelques zones d’ombre dans ses déclarations. Il n’explique pas le sang de la victime sur un couteau de cuisine retrouvé dans son appartement, une potentielle « arme » qui porte de surcroit son empreinte. « En cuisinant, je me suis gratté le dos avec », tente-t-il alors de justifier… avant que le juge ne lui fasse remarquer que ce n’est pas son sang mais bien celui de la victime qui y figure. Le président Pascal Chappuis semble encore pointer des incohérences concernant les chaussures que le prévenu portait au moment des faits supposés. Une paire de basket est retrouvée le lendemain dans sa machine à laver, ce que l’homme n’explique pas. « Je ne sais pas, c’est peut-être elle (la plaignante) qui a lancé une lessive avec mes affaires ».

 

La jalousie d’un rival en toile de fond des accusations

Présente à l’audience, cette femme d’une quarantaine d’années se tient la tête avec dépit face à ces explications. Pour elle, raconter et entre l’énoncé des faits est un long supplice. Les coups, la manière dont elle a été immobilisée puis étranglée, le trou au fond des bois dans lequel elle a été laissée pour morte, elle explique tout « avec une grande précision » relève le procureur. Elle reste néanmoins évasive sur la manière dont les événements se sont déclenchés. Mais en toile de fond de cette violence décrite surgit la jalousie supposée du prévenu : quelques jours avant les faits, son meilleur ami, entendu comme témoin, lui avait avoué avoir eu une relation avec sa compagne. « Je préfère te tuer plutôt que de te perdre », aurait alors crié le prévenu lorsqu’il portait des coups dans la forêt, rapporte la victime. Mais l’affaire s’assombrit à nouveau quant au rôle de la mère de l’accusé, soupçonnée par le tribunal d’avoir fait le ménage et la lessive de son fils le lendemain des prétendus faits. « Non, je ne suis pas allé chez lui », promet-elle face à l’insistance du juge Pascal Chappuis qui lui rappelle ses obligations de dire la vérité.

 

« Le dossier est vide », plaide l’avocat de la défense

Pour le ministère public et l’avocat de la partie plaignante, le dossier est accablant à l’encontre du prévenu. Le procureur requiert 5 ans et demi de prison ferme quand maître Yves Maître plaide, lui, le délit manqué d’assassinat. Selon la défense en revanche, « le dossier est vide, mais on en fait un château de cartes pour faire croire qu’il est solide ». Aucune pierre ni trace retrouvée dans les bois ni dans l’appartement où aurait débuté la dispute. Maître Hubert Theurillat n’hésite pas à requalifier les lésions de la victime de « simples et non graves », possiblement causées par une chute dû à des problèmes avec l’alcool mentionnés dans son dossier médical. Il balaie également les explications parfois bancales de son client, sourd et muet, en arguant qu’il ne peut saisir en raison de son handicap toutes les nuances de la langue française. Le couteau immaculé du sang de la victime ? « Un élément insuffisant au vu du dossier », rétorque l’avocat de la défense.  Ulcérée, la plaignante quitte la salle en sanglot. « Elle n’a pas inventé son histoire, et ses pleurs aujourd’hui en témoignent », lâche d’une voix forte son avocat. C’est donc entre ces deux versions diamétralement opposées que va devoir trancher le tribunal. Il rendra son jugement vendredi en fin de matinée. /jpi  


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