Quatre ans de prison requis pour avoir fait vivre à sa victime « une vie d’esclave »

Un homme accusé de viols et de violences sur une ressortissante étrangère qu’il aurait fait ...
Quatre ans de prison requis pour avoir fait vivre à sa victime « une vie d’esclave »

Un homme accusé de viols et de violences sur une ressortissante étrangère qu’il aurait fait entrer illégalement en Suisse comparaît actuellement devant la Cour d’appel du tribunal pénal à Porrentruy, il nie les faits dans un dossier où les preuves manquent

Il avait été condamné à trois ans de prison dont 18 mois ferme en première instance en mars dernier pour des faits qui remontent à 2015. Selon l'accusation, l'homme qui vit et travaille dans le Jura a vécu avec une femme qu’il a contribué à faire venir de Côte d'Ivoire puis l'aurait violé et frappé à plusieurs reprises en la menaçant d'être renvoyée dans son pays si elle appelait la police. Un dossier complexe, sans preuves matérielles en dehors des paroles des deux parties. Pourtant, devant la Cour d’appel du tribunal pénal à Porrentruy, le ministère public a demandé une peine plus sévère qu’en première instance. Quatre ans de prison « pour avoir fait vivre à la victime une vie d'esclave », selon le procureur qui dépeint le calvaire quotidien d'une clandestine vivant sous une menace constante.


De l’Afrique au Jura, en passant par Milan

Il faut remonter à novembre 2015, lorsque le prévenu se rend à Milan, en Italie, pour aller chercher cette jeune femme qui arrive du continent africain. « Un service rendu à un ami en Côte d’Ivoire », avance l’homme qui affirme n’avoir jamais eu aucun contact avec elle auparavant. « Si, c’est par l’intermédiaire de l’un de ses amis que j’ai eu un passeport, sous un faux nom. Nous nous sommes parlés plusieurs fois au téléphone avant Milan », explique la plaignante. Première divergence entre les versions. Elle avoue au tribunal avoir un faux passeport. Lui affirme qu'il la croyait en situation régulière. « On avait prévu qu’il m’aide à trouver du travail en Suisse », glisse la jeune femme en guise de projet. La version est toute autre chez l’accusé. Selon lui, elle voulait rejoindre de la famille en France à Paris, « elle y est d’ailleurs allée une semaine », précise-t-il alors que la victime présumée assure n’avoir aucune famille en Europe. Plusieurs fois, la mine dubitative du juge Gérald Schaller en dit long sur l’imbroglio que suscitent ces deux récits.


Cinq mois de sévices

Une certitude cependant, les deux protagonistes se mettent finalement en ménage dans le Jura. Tout se passe bien jusqu'au retour du prévenu d’un voyage en Afrique. Au détour d’une conversation téléphonique, la plaignante découvre alors qu'il aurait une autre copine et souhaite donc mettre fin à leur relation. Un épisode qui marque, selon elle, le début des violences et des viols à répétition entre février et juin 2015. L'homme nie en bloc les voies de fait et n’évoque que des relations sexuelles consenties. S'il l'a chassée de la maison quelques mois plus tard, c'est parce qu'il aurait découvert qu'elle n'avait en réalité pas de papiers. « Mon passeport, il me l'a pris. Il m'a demandé de partir quand je suis tombée enceinte », rétorque la victime. « Cet enfant, c’est la goutte de trop, il ne veut pas assumer cela », abonde dans son sens le procureur Nicolas Steullet.


Crédibilité de l’accusation contre bénéfice du doute

Mais les juges de la Cour d’appel ne disposent finalement que de très peu d’éléments concrets sur lesquels s’appuyer. Unique témoin dans cette affaire – indirect de surcroît -, une famille amie des deux parties, presque des voisins, que la plaignante a appelé un soir en pleurs pour alerter qu'elle avait été frappée. La famille la prendra en charge le lendemain, sans réelles convictions sur ce qui a pu réellement se passer. La victime montre à son amie des hématomes, mais aucun certificat médical ne sera produit. L’avocat de la défense, Me Scherrer, s'étonne de la passivité de la plaignante qui n’a pas appelé à l’aide durant les cinq mois de sévices supposés, et plaide le bénéfice du doute en faveur de son client. A l’inverse, Me Allievi dépeint une victime perdue, timide, craignant d’être expulsée en raison de sa situation irrégulière mais aux déclarations crédibles. C’est précisément sur la « crédibilité » des récits que les juges seront amenés à se prononcer. La Cour rendra son jugement jeudi après-midi. /jpi


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