Il y a 30 ans, la Suisse découvrait «l'Etat fouineur»

Fin novembre 1989, la population suisse apprenait que la police fédérale avait fiché près de ...
Il y a 30 ans, la Suisse découvrait «l'Etat fouineur»

Fin novembre 1989, la population suisse apprenait que la police fédérale avait fiché près de 900'000 individus entre depuis les années 1950. Parm eux, de nombreux autonomistes jurassiens

Les autonomistes jurassiens ont fait l'objet d'une surveillance particulière de la police fédérale. A gauche, un rapport de la police fribourgeoise sur la création d'un timbre «libérez le Jura!». Au centre et à droite, des fiches largement caviardées. Les autonomistes jurassiens ont fait l'objet d'une surveillance particulière de la police fédérale. A gauche, un rapport de la police fribourgeoise sur la création d'un timbre «libérez le Jura!». Au centre et à droite, des fiches largement caviardées.

Il y a 30 ans quasiment jour pour jour, le peuple suisse faisait connaissance avec « l’Etat fouineur ». Le scandale des fiches a été révélé un peu par hasard le 22 novembre 1989 suite à la publication d’un rapport de la commission d’enquête parlementaire. Cette dernière était chargée de faire la lumière sur les circonstances de la démission de la Conseillère fédérale Elisabeth Kopp. Il a été découvert que la police fédérale avait fiché illégalement 900'000 individus entre les années 1960 et 1980, afin de protéger le pays contre d’éventuelles actions subversives. Fabien Thétaz, assistant à l’Université de Lausanne, consacre sa thèse de doctorat à la question. Il nous explique les raisons de ce fichage :

Fabien Thétaz : « l'idée pour la police était d'avoir le maximum d'informations »

Un cumul d’informations qui pouvait parfois faire sourire. Pierre-André Comte, secrétaire général du mouvement autonomiste jurassien, peut en témoigner. Il a fait partie des nombreux activistes jurassiens surveillés. A l’époque, il était maire de Vellerat :

Pierre-André Comte : « je suis content de savoir qu'on avait mangé du lapin ce soir-là »

Le cas jurassien scruté de près

Le canton du Jura faisait l’objet d’une attention particulière à l’époque. La fiche de Roland Béguelin, par exemple, qui repose aux archives cantonales jurassiennes, pesait à elle-seule près de 7 kilos. De nombreux passages ont été caviardés. Ce qui est aussi le cas de celles de Pierre-André Comte :

Pierre-André Comte : « ces passages caviardés me procurent un peu de fierté et beaucoup de sourires »

Un traumatisme qui semble avoir disparu aujourd'hui

Quelques mois après l'explosion du scandale, près de 30'000 personnes ont manifesté dans les rues de Berne contre «l'Etat fouineur» . Une initiative populaire intitulée «pour une Suisse sans police fouineuse» a été lancée, mais elle a été rejetée par le peuple en 1998. Plus récemment, en 2016, la population a accepté d'accorder davantage de pouvoirs à l'Etat en acceptant la nouvelle loi sur les renseignements. Le traumatisme lié au scandale des fiches semble avoir disparu. Pour Fabien Thétaz, cela s'explique notamment par le contexte qui a changé : 

Fabien Thétaz : « la révolution numérique a changé le rapport aux données »

/tna


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