Le salaire minimum dans le commerce de détail fait débat

Le Gouvernement s’apprête à reconduire le contrat-type de la branche qui prévoit un seuil de ...
Le salaire minimum dans le commerce de détail fait débat

Le Gouvernement s’apprête à reconduire le contrat-type de la branche qui prévoit un seuil de 18,57 francs de l’heure inférieur au nouveau salaire minimum jurassien, ce qui n’est pas du goût du syndicat Unia

Les employés de caisses et rayons des magasins sont notamment concernés par le contrat-type du commerce de détail. Les employés de caisses et rayons des magasins sont notamment concernés par le contrat-type du commerce de détail.

Le Gouvernement jurassien veut proroger le contrat-type impératif pour le personnel de vente dans le commerce de détail. Il concerne dans le canton environ 2'500 employés de commerces en rayon ou en caisse dans des magasins alimentaires, librairie-papeterie, etc. Ce fameux contrat-type fixe les salaires minimaux obligatoires. Entré en vigueur en 2014, il a déjà été prolongé il y a trois ans et arrivera à nouveau à échéance fin mars. Si l’Etat estime nécessaire de le reconduire, c’est en raison des nombreux abus qui subsistent au sein de la branche. Dans le Jura, 33% des entreprises contrôlées entre 2017 et l’an dernier étaient en infraction et 26% des salaires - donc plus d’un quart - étaient en dessous du minimum requis, selon le service de l’économie et de l’emploi. Face à ce constat dans une branche déjà identifiée « à risques », l’exécutif souhaite conserver des moyens de répression. Le contrat-type impératif lui permet justement d’infliger des amendes aux employeurs qui ne respectent pas les salaires minimaux en vigueur. Sans cet outil, les salariés lésés devraient saisir les prud’hommes. Or, les statistiques montrent que très peu le font quand ils sont sous contrat, par crainte de voir les relations avec leur employeur se dégrader.

Rébecca Lena : « 20 francs, c'est un salaire social ! »

« En dessous de 20 francs, ce sont des travailleurs pauvres »

Un dispositif dont même les syndicats saluent la grande utilité. Sauf que ce contrat-type prévoit un salaire minimum de 18,57 et 19,55 francs de l'heure pour les deux premiers échelons. Moins que le nouveau salaire minimum jurassien, 20 francs, entré en vigueur début février ! « Ces 20 francs, c’est quand même un salaire social ! Ça veut dire que ceux qui sont en dessous sont considérés comme des travailleurs pauvres potentiellement éligibles à l’aide sociale », s’indigne la secrétaire générale d’Unia Transjurane, Rébecca Lena. Les seuils de la branche du commerce de détail ont d’ailleurs suscité de vives discussions en commission tripartite sur la libre circulation des personnes qui réunit l'Etat, organisations syndicales et patronat. « La loi sur le salaire minimum cantonal prévoit des exceptions quand la conjoncture économique d’une branche est délicate. C’est le cas du commerce de détail qui fait face à la concurrence du commerce en ligne et tourisme d’achat », justifie Boris Rubin, juriste au service de l'économie et de l'emploi qui conclut qu’il n’y a donc pas « d’incohérence avec le salaire minimum cantonal ».

Boris Rubin : « Certains magasins auraient beaucoup de difficultés »

S’aligner tuerait le commerce local ?

Mais le syndicat Unia ne décolère pas et estime que l’effort à consentir ne serait pas si énorme : s’aligner sur 20 francs (plutôt que 18,57) reviendrait à augmenter un salarié de 240 francs par mois, soit un peu plus de 3'000 francs par année. « À mon sens, ce n’est pas ça qui va tuer le commerce local. Je peux entendre que les commerçants locaux ne s’enrichissent pas, on n’est pas face à des multinationales. Mais tout le monde doit participer à l’effort pour sortir les gens de la pauvreté », insiste Rébecca Lena. « Ça dépend des magasins mais certains effectivement auraient beaucoup de difficultés », rétorque le canton par la voix de Boris Rubin. Peu de chance toutefois de voir le salaire minimum de la branche revu à la hausse cette année. Les parties intéressées (syndicats, salariés, employeurs) disposeront d’un mois pour faire part de leurs remarques lorsque la proposition de reconduction sera publiée au Journal Officiel. Sauf en cas de fronde soudaine, le contrat-type sera donc maintenu en vigueur dès le 1er avril. /jpi


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