Arrestation de Bonfol : la famille avait multiplié les signaux d’alerte

L’arrestation la semaine dernière d’un homme menaçant et retranché chez lui à Bonfol a mis ...
Arrestation de Bonfol : la famille avait multiplié les signaux d’alerte

L’arrestation la semaine dernière d’un homme menaçant et retranché chez lui à Bonfol a mis en lumière un manque d’outils des autorités pour prévenir efficacement certains comportements dangereux

L'homme avait été arrêté mercredi dernier à Bonfol après un appel de détresse lancé par sa mère. (Photo : illustration / Georges Henz) L'homme avait été arrêté mercredi dernier à Bonfol après un appel de détresse lancé par sa mère. (Photo : illustration / Georges Henz)

Y a-t-il une faille dans le système jurassien pour prévenir des comportements dangereux ? L’arrestation la semaine dernière d’un homme menaçant et retranché chez lui à Bonfol a mis en lumière un manque d’outils efficaces des autorités. Depuis quatre ans, Sarah et Sébastien, sœur et frère de l’individu appréhendé, multiplient pourtant les signaux d’alerte sur le caractère dangereux de cet homme qui présente des troubles psychiatriques. Ils déplorent aujourd’hui qu'aucune mesure efficace n’a été prise.

Le combat d'une famille pour ne plus vivre dans la crainte

« Chacun se renvoie la balle »

Leur famille a déjà vécu un drame il y a plus de 20 ans lorsque leur père a tiré sur deux personnes. Désormais, c’est leur frère qui s’en prend à leur mère. « On craint qu’il perde ses nerfs et qu’il arrive un drame comme on l’a vécu il y a quelques années », lâche Sébastien qui n’hésite pas à établir des similitudes avec le drame de Courfaivre survenu en octobre 2019. « On veut que des mesures soient prises avant que ça arrive », poursuit Sébastien qui a exposé la situation à maintes reprises, avec sa sœur, à différentes autorités. « Différents acteurs ont alerté, pas seulement la famille. Ma maman a déposé quatre plaintes, la commune de Bonfol a aussi déposé une plainte. Différents courriers ont été envoyés à l’APEA (NDLR : Autorité de protection de l'enfant et de l’adulte). Mais chacun se renvoie la balle, personne ne prend ses propres responsabilités », déplore Sarah.


Des coups et des menaces de mort

Pendant ce temps, l’homme agresse sa mère à plusieurs reprises. Des portes et des fenêtres brisées, mais aussi des coups de poing comme le 7 novembre dernier, il y a tout juste un mois. La sexagénaire s’en tire avec de gros hématomes et un choc émotionnel face aux « menaces de mort et de carnage » de son fils. Une situation connue de l’APEA, mais son président Christian Minger affirme que ses services ne disposent pas de la mesure adéquate pour ce genre de cas. Une PAFA, placement à des fins d’assistance, a pourtant été ordonnée il y a plusieurs années. « Mais c’est une mesure ponctuelle. Dès que l’état de la personne concernée le permet, on doit la laisser sortir de l’établissement de santé dans lequel elle est placée. Bien souvent, dès lors que l’individu est sous médicament, la situation s’améliore et il peut sortir », explique Christian Minger. C’est précisément ce qui s’est passé dans le cas de cette famille. Autre possibilité pour l’APEA : prononcer une obligation de suivre un traitement médical, là aussi compliqué dans la pratique, selon Christian Minger. « Si la personne ne collabore pas et ne suit pas le traitement prescrit, on a du mal à mettre la mesure en œuvre. Concrètement, il faudrait demander à la force publique de conduire la personne de manière régulière chez un médecin. Cela mobiliserait beaucoup de moyens, je ne suis pas sûr que la police soit en état de faire cela », continue-t-il.

Nathalie Barthoulot : « Remettre en question notre dispositif »

Le président de l’APEA dit « comprendre le désarroi de cette famille », mais regrette finalement de « manquer d’outils » dans de tels cas. La ministre de l’intérieur, Nathalie Barthoulot, reconnaît elle aussi « des zones grises qui empêchent de prendre des mesures tranchées. Chaque entité a pourtant fait ce qu’elle avait à faire selon ses compétences. Mais cette affaire montre qu’il faudra remettre en question notre dispositif pour avoir des réponses plus ciblées lorsque de telles situations se présentent », reconnaît la ministre. « C’est frustrant, on se dit que le problème est connu mais on attend que ça se produise pour faire quelque chose. Il faut que ça change, pour toutes les familles concernées par ce genre de situation », martèle Sébastien. Son frère est désormais en détention provisoire, ordonnée par le procureur Daniel Farine vendredi dernier. Le ministère public espère désormais obtenir une expertise psychiatrique, elle seule pourrait permettre de prendre des mesures jugées adaptées sur le long terme. /jpi


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