Une fois n’est pas coutume, le journal satirique « La Tuile » a remporté un procès. Son responsable de publication, Pierre-André Marchand, a été libéré en première instance ce mercredi des accusations d’injures, diffamation et calomnie dont il faisait l’objet. Le rédacteur jurassien à la plume irrévérencieuse s’en était pris dans un article de novembre 2020 à l’ancien homme politique pro-bernois de Moutier Pierre-Alain Droz. Reprenant un ancien article paru sept ans plus tôt, il l’accusait de ne pas avoir payé ses impôts durant une longue période, lui attribuant au passages divers noms fleuris.
Un contexte politique qui vise l'homme public
Le tribunal pénal à Porrentruy a estimé que cela ne dépassait pas les bornes, bien particulières, de la satire. Ni de son contexte, éminemment politique, à savoir cette vieille guéguerre sur fond de Question jurassienne entre Pierre-André Marchand, l’ardent défenseur du Jura, et le Prévôtois Pierre-Alain Droz, l’ancien autonomiste devenu anti-séparatiste. « L’article relève du débat politique et vise l’attitude du camp pro-bernois », justifie le juge. Cette attitude est illustrée par l’exemple d’un ancien conseiller de ville, certes retiré désormais de la vie politique, qui durant plusieurs années n’aurait pas payé ses impôts. Des preuves ? Pierre-André Marchand oppose le secret des sources quand le plaignant refuse, lui, tout commentaire sur ces allégations. « C’est une affaire qui me regarde, point à la ligne », se contente de répondre Pierre-Alain Droz. La justice n’y a donc pas vu de « pure rogne personnelle » comme le prétendait la partie plaignante, tout juste un tacle viril mais correct à l’homme public.
Pierre-André Marchand : « Cela admet la liberté de la presse satirique »
Reste les termes peu ragoûtants tels que « médiocre crapaud baveux » contenu dans l’article, ce qui n'est pas très agréable lorsque l’on est visé, le juge en convient. Ou encore « couillon fini » écrit de manière phonétique. « Est-ce une injure ? », questionne le magistrat. « Pas du tout sinon tous les Marseillais seraient en prison ! », lance le truculent Pierre-André Marchand. « On n’est pas à Marseille ici, nier l’injure est d’une mauvaise foi infinie », s’étonne l’avocat du plaignant Me Grégoire Aubry. Des termes qui, selon le tribunal, « ne sont pas d’une gravité suffisante dans un contexte satirique » et doivent être rangés au rayon de la liberté de la presse, de la critique et de l’humour. Un trait d’esprit pas vraiment du goût de la partie plaignante qui a déjà fait part de son intention de faire appel. /jpi









