Une femme spécialiste de la mycothérapie a été condamnée jeudi à une peine privative de liberté de sept mois avec sursis par la justice jurassienne. La juge pénale a estimé qu’elle s’était rendue coupable d’escroquerie et d’exercice illégal de la médecine en pleine pandémie
Une thérapeute a été condamnée jeudi par la justice jurassienne. Cette femme qui a exercé pendant plus de dix ans dans le Jura a notamment été reconnue coupable d’escroquerie et d’exercice illégal de la médecine. Elle a écopé d’une peine privative de liberté de sept mois avec sursis pendant deux ans et d’une amende de 10'000 francs. La juge pénale du Tribunal de première instance, à Porrentruy, a également prononcé à son encontre une interdiction d’exercer en qualité de thérapeute pendant deux ans.
Des diagnostics Covid pour vendre ses produits
La juge Marjorie Noirat a abondé dans le sens du Ministère public. Elle a estimé que la prévenue avait bel et bien commis des escroqueries envers plusieurs clients en 2020, notamment en leur diagnostiquant le Covid sans être habilitée à le faire, ce qui lui permettait de prescrire ses produits à base de champignons pour se faire de l’argent. La juge a déclaré que l’accusée s’était montrée particulièrement astucieuse en profitant de la pandémie et de la peur générée par la situation sanitaire. Marjorie Noirat a souligné qu’il était particulièrement difficile de trouver des médecins lors de cette période de début de coronavirus.
La procureure Laurie Roth avait demandé que la prévenue soit reconnue coupable d’escroquerie par métier. La juge a toutefois estimé que les éléments de l’infraction n’étaient pas remplis, même s’il s’agit d’un cas limite, selon elle. Dans son réquisitoire, la représentante du Ministère public a insisté sur le fait que ce procès n’était pas celui de la médecine naturelle. Laurie Roth s’est dite convaincue des bienfaits de telles pratiques. Selon elle, le problème vient du fait que l’accusée s’est adjugée des compétences médicales pour se faire de l’argent.
L’avocat de la défense, qui réclamait l’acquittement de sa cliente, s’est dit sidéré par le réquisitoire « sévère » du Ministère public. Vincent Kleiner a estimé que le dossier n’avait pas été instruit correctement et que la procureure n’avait pas présenté suffisamment d’éléments prouvant l’escroquerie et l’exercice illégal de la médecine. Il a notamment avancé qu’un diagnostic du Covid ne pouvait pas être considéré comme un acte médical.
Le public remis à l’ordre
L’audience a attiré du monde. Les places réservées au public étaient quasiment toutes occupées par une quarantaine de personnes, en grande majorité des patients de la prévenue venus la soutenir, selon l’avocat de la défense. A plusieurs reprises, la juge Marjorie Noirat a dû rappeler à l’ordre l’assemblée qui réagissait bruyamment aux déclarations des différents témoins. Ces derniers ont partagé les expériences qu’ils ont vécues avec cette femme spécialiste de mycothérapie. Une mère de famille a expliqué que l’accusée avait diagnostiqué une tumeur maligne au cerveau à son fils, lui prescrivant toute une série de champignons, alors qu’un médecin a par la suite écarté tout problème grave. Un autre a raconté des diagnostics partant dans tous les sens. La prévenue aurait notamment évoqué la présence d’une dizaine de démons autour du témoin et pratiqué des incantations.
Lors de son audition, la thérapeute a déclaré qu’elle n’était pas coupable de ce qu’on lui reprochait et qu’elle n’avait jamais outrepassé ses compétences. Selon elle, ce procès est une forme d’ignorance et d’incompréhension du fonctionnement de la médecine naturelle et de la mycothérapie.
La défense a déjà fait part de son intention de faire appel de la décision du Tribunal de première instance. /alr









