Pierre-Alain Fridez : « La Suisse complice de violations de droits humains »

Chargé d’un rapport pour le Conseil de l’Europe sur les « push-back », le conseiller national ...
Pierre-Alain Fridez : « La Suisse complice de violations de droits humains »

Chargé d’un rapport pour le Conseil de l’Europe sur les « push-back », le conseiller national jurassien Pierre-Alain Fridez réagit à la démission du patron de Frontex

Pierre-Alain Fridez s'est rendu dans différents pays concernés et a pu interroger le numéro 2 de Frontex dans le cadre de ses missions pour le Conseil de l'Europe. (Photo : KEYSTONE ATS / Peter Klaunzer) Pierre-Alain Fridez s'est rendu dans différents pays concernés et a pu interroger le numéro 2 de Frontex dans le cadre de ses missions pour le Conseil de l'Europe. (Photo : KEYSTONE ATS / Peter Klaunzer)

Alors que les Suisses doivent voter le 15 mai sur le renforcement de l’agence Frontex, son directeur exécutif Fabrice Leggeri a démissionné comme l’a confirmé ce vendredi la Commission européenne. Le dirigeant français est notamment visé par une enquête de l'Office européen de lutte antifraude pour sa gestion, notamment sur des refoulements illégaux de migrants, dits « push-back ». Un dossier que connaît bien le conseiller national jurassien Pierre-Alain Fridez, en charge d'un rapport sur ces fameux push-back pour le Conseil de l'Europe et qui a mené récemment une audition chez Frontex à Varsovie. L'agence, qui a une mission de sécurité aux frontières de l'Europe, n'a pas respecté le droit d'asile de nombreux réfugiés selon Pierre-Alain Fridez.

Pierre-Alain Fridez explique l'affaire des « push-back »

« Les cas qui m’ont été clairement signalés lors de mes visites, notamment en Grèce, concernent des migrants qui arrivaient de Turquie par bateaux sur les îles grecques. Ils étaient remis sur des bateaux par les Grecs, poussés au large sous l’œil bienveillant de Frontex, et on enlevait les moteurs des bateaux pour les laisser dériver vers la Turquie malgré les risques de tempêtes et autres », rapporte l’élu socialiste. Le problème provient surtout selon lui du manque de solidarité européenne avec les pays du sud, Grèce et Italie notamment, confrontés à des vagues énormes. « L’autre phénomène est celui de pays très à droite qui font qu’il n’y a pas de politique européenne claire et certaines nations poussent justement à cette Europe forteresse ». Le 20 avril dernier, Pierre-Alain Fridez a l’occasion, en Pologne, d’interroger le numéro 2 de l’agence Frontex et le confronte à un rapport de la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe qui fait état de dizaine de milliers de cas de refoulements illégaux. « Il y a des allégations mais aucune preuve, circulez il n'y a rien à voir, m’a-t-on répondu », résume le conseiller national jurassien.


« Le Conseil fédéral devait manifestement être au courant »

L'agence Frontex se retrouve éclaboussée à deux semaines de la votation du 15 mai lors de laquelle les Suisses doivent voter sur son éventuel renforcement. « Clairement, je pense que la Suisse, en soutenant Frontex, était complice de violations de droits humains. Certains pourraient être tentés de déposer un recours parce que le Conseil fédéral devait manifestement être au courant de ces allégations et a fait une propagande pour dire que ce qui était reproché à Frontex n’était pas fondé. A l’heure où l’on se parle, le peuple suisse a déjà en partie voté sans être au courant objectivement de ce fait qui est maintenant confirmé par la démission forcée de M. Leggeri », lâche Pierre-Alain Fridez alors que les sondages accordaient dernièrement une nette majorité de « oui » au renforcement de Frontex. /jpi

« Le peuple suisse a déjà en partie voté sans être au courant de ces faits »


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