L’avenue de la Gare attend son train

Après le départ de nombreux commerces ces dernières années, plusieurs locaux de cette artère ...
L’avenue de la Gare attend son train

Après le départ de nombreux commerces ces dernières années, plusieurs locaux de cette artère delémontaine restent vides. Crise sanitaire, concurrence du commerce en ligne, loyers trop élevés et manque d’animation sont les raisons avancées

Les panneaux « à louer » fleurissent sur les locaux vides de l’avenue de la Gare. Certains sont là depuis plusieurs années. Les panneaux « à louer » fleurissent sur les locaux vides de l’avenue de la Gare. Certains sont là depuis plusieurs années.

« Chaque fois que je viens, une vitrine supplémentaire est vide ». Ce constat posé par Florence, une Delémontaine, est partagé par bon nombre de ses concitoyens. Pas loin d’une dizaine de magasins ont effectivement cessé leur activité ou quitté l'avenue de la Gare à Delémont ces dernières années. Ces derniers mois, le magasin Arlequin, la parfumerie ou encore la Halle aux chaussures ont déserté les lieux. « Ça s’est vraiment vidé, c’est mort, il n’y a plus l’ambiance qu’il y avait avant », renchérit Jacqueline, une habituée des lieux alors que les panneaux « à louer » fleurissent sur les vitrines vides. Certains sont là depuis plusieurs années. « C’est une catastrophe », lâche cette commerçante présente depuis 34 ans en énumérant quatre commerces partis ces derniers mois. Symbole de cette désertification, les locaux des chaussures Vögele, vides depuis quatre ans, tout comme ceux de l’ancienne bijouterie Froidevaux. « On ne trouve plus rien à Delémont », entend souvent cette autre vendeuse du secteur.

Reportage

L’une des causes avancées par de nombreux commerçants, le changement des habitudes de consommation, notamment depuis la crise sanitaire. « Beaucoup de commerces se sont vidés. Déjà le Covid qui est passé par là, les gens se sont vraiment focalisés sur les achats en ligne. Des petites entreprises comme la nôtre doivent trouver leur juste milieu dans tout ça », confie Joëlle, gérante d’une bijouterie depuis 20 ans à l'avenue de la Gare. Une autre commerçante historique pointe aussi un manque de soutien des politiques publiques, l’installation d’espaces de rencontres qui n’ont rien donné ou encore des animations promises qui n’ont jamais vu le jour. Son magasin, qu’elle n’ouvre plus qu’à 50%, ne voit plus passer grand monde.


L'épineux problème des loyers trop élevés

« La zone de rencontre est une mesure globale pour améliorer le cadre et la qualité de vie, pas que des commerçants mais aussi des habitants. Il était prévu un plan d’action avec quatre fêtes par année qui n’ont malheureusement pas pu se dérouler à cause du Covid. On va remettre des actions en place cette année, mais il faut aussi qu’il y ait une initiative de la part des commerçants. Un ancien de la profession a essayé de les réunir et il a été confronté au fait que les commerçants ont tellement de soucis aujourd’hui qu’il est difficile de les mobiliser », avance Hubert Jacquier, chef du Service de l’urbanisme à Delémont. Autre problème, les loyers des locaux commerciaux qui s’envolent à 5'000, voire 8'000 francs pour certains, fixés par des propriétaires souvent extérieurs au canton. « Ça n’aide pas pour avoir l’envie d’ouvrir un commerce », commente Joëlle. Les autorités en sont conscientes et jugent aussi certains tarifs dissuasifs.

Hubert Jacquier : « On a eu des contacts, mais le prix a été rédhibitoire »

« Oui, les loyers sont beaucoup trop chers au rez-de-chaussée. On essaie de rendre attentif chaque propriétaire qui a des locaux libres. Plutôt que d’avoir un local vide pendant trois ans, il ferait mieux de le louer à un prix plus bas et d’avoir un loyer progressif. Un propriétaire vient de le faire à l’avenue de la Gare et il a tout de suite trouvé preneur. On est entendu par certains, d’autres pas. Les propriétaires qui sont à l’extérieur et même hors de la Suisse, ils ont fait un placement financier et supportent souvent d’avoir des locaux libres. On n’a pas de véritable moyen d’action à leur égard. On a pourtant eu des bouchers, des poissonniers qui nous ont contactés, mais le prix a souvent été rédhibitoire », confie Hubert Jacquier qui se désole aussi de voir que de nombreux propriétaires refusent d’investir pour fractionner leurs locaux ou les réagencer. La Ville de Delémont prévoit d'ailleurs d'embaucher un spécialiste dédié au commerce et à cette stratégie de promotion.


Des motifs d’espoirs

Ce tableau n’a pourtant pas refroidi « Monsieur Halimi » comme tout le monde l’appelle ici. Il a notamment ouvert un magasin de vêtements dans cette même rue en début d’année et prévoit déjà de s’agrandir au vu des bons résultats. « Je me suis dit que j’allais amener quelque chose d’autre, surtout tenter de changer certaines mentalités. Si je reçois un salaire dans le Jura, je préfère le dépenser dans le Jura que d’aller à l’extérieur pour que les choses évoluent et pour que les jeunes investissent », explique le commerçant. Des coiffeurs se sont également installés à l'avenue de la Gare ces dernières années, tout comme des commerces de bouche tandis que la Municipalité évoque l’ouverture de « 40 nouvelles enseignes depuis 2019 »… sur l’ensemble de la ville. « Le D’lem », café historique de la rue, a récemment rouvert ses portes après plusieurs mois de fermeture. Peut-être les signes d’un sursaut d’espoir pour l’avenue de la Gare. /jpi


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