Il faudra se passer de 3'300 tonnes de blé l’année prochaine pour favoriser la biodiversité. La Politique agricole 22+ a été suspendue l’année dernière par les chambres fédérales, mais le Conseil fédéral s’en est inspiré pour édicter en avril des ordonnances qui devront être appliquées en 2023. AgriJura n’en veut pas et va transmettre une lettre ouverte aux autorités fédérales vendredi. La Chambre jurassienne d’agriculture appelle ses membres et ses soutiens à signer le texte.
Mise en jachère de 3,5% des terres
Une des ordonnances vise à consacrer 3,5% des terres cultivables pour la promotion de la diversité. Le directeur d’AgriJura estime à 560 hectares qui seront mis en jachère l’année prochaine. Des terres sur lesquelles les paysans auraient pu récolter 3'300 tonnes de blé, selon François Monin qui précise ainsi que « environ 8'000'000 de pains d’une livre ne seront pas produits dans le Jura ». Il rappelle que 17% des domaines sont déjà mis à profit de la biodiversité au travers de réseaux. François Monin relève aussi le contexte international qui fait craindre des famines à travers le monde en lien avec le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Les deux pays produisent un tiers des exportations mondiales de blé. Enfin, cette ordonnance est un « déni de démocratie », selon lui. En 2017, le peuple a largement accepté d’introduire le principe de sécurité alimentaire dans la Constitution, soit un taux d’autoapprovisionnement de 60%. Selon le directeur d’AgriJura, cette nouvelle mesure ferait baisser ce pourcentage en dessous de 50%.
François Monin : « ça fait bondir le monde agricole »
Une mesure « dénuée de sens pratique »
Une autre mesure est mise en avant dans la lettre qui sera transmise aux autorités fédérales. Elle concerne les vaches laitières. Les bêtes, qui seront menées à l’abattoir après avoir eu trois veaux, se verront dotées d’une prime de 10 francs. Ce montant augmente au fur et à mesure des vêlages. Un montant dérisoire, selon François Monin, et une mesure dénuée de sens pratique. L’agriculteur ne se sépare pas d’une vache après les premiers vêlages. Le directeur d’AgriJura ne comprend pas le sens de ce texte et y voit plutôt un conflit d’objectifs. Un animal plus vieux sera en moins bonne santé et devra recourir davantage aux médicaments, alors que le but de la politique agricole est de favoriser le bien-être animal et de réduire les antibiotiques. François Monin regrette surtout que toutes ces mesures n’aient pas été discutées dans les deux chambres fédérales avant d’être déployées. Toutefois, plusieurs motions ont déjà été déposées par différents élus fédéraux. /ncp









