Agents de détention : « On n’a plus le temps de travailler correctement »

Horaires irréguliers, manque de personnel : un agent de détention d’une prison de l’Arc jurassien ...
Agents de détention : « On n’a plus le temps de travailler correctement »

Horaires irréguliers, manque de personnel : un agent de détention d’une prison de l’Arc jurassien témoigne de son quotidien

Le manque de personnel dans certains établissement compliquent les missions des agents de détention. (Crédits : KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA VALLE) Le manque de personnel dans certains établissement compliquent les missions des agents de détention. (Crédits : KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA VALLE)

Certains agents de détention vivent des conditions de travail délicates, dans les prisons de l’Arc jurassien. Horaires irréguliers, manque de personnel, stress : nous avons rencontré un gardien d’une prison de la région, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Nous l’appellerons donc Jean. « Le problème principal, c’est qu’on n’a plus le temps de faire notre boulot. Et quand on se plaint de nos conditions de travail… on nous dit qu’on devrait être content d’avoir un emploi », explique Jean. Il est devenu agent de détention par conviction il y a quelques années, parce qu’il voulait travailler avec l’humain. Il admet même qu’il voulait changer le monde. Cet excès de naïveté le fait sourire aujourd’hui : « J’ai vite déchanté. Mon travail, si on veut le pratiquer correctement, c’est de l’aide et de l’assistance aux détenus. Servir les repas, veiller à leur hygiène, les écouter… on n’est pas simplement là pour leur rappeler qu’ils sont en prison.»


Un manque de personnel qui complexifie les missions

Selon Jean, les conditions de travail dans l’établissement où il est employé se sont dégradées au fil des années, d’abord au niveau organisationnel : « On fait des horaires n’importe comment, on nous demande de travailler 4 jours d’affilés, avec une seule journée de repos, de faire des nuits, d’être de piquet, de venir sur nos jours de congé… C’est toujours à la limite de la légalité et au final, tout le monde devient crevé. Certains tombent malades, d’autres démissionnent. » Si Jean pouvait changer les choses, il instaurerait des règles qu’il qualifie de plus sociales : des horaires moins irréguliers, un meilleur salaire, par rapport à la pénibilité de l’emploi.

Dans le Jura par exemple, ce genre de situation est connu. Le chef du service juridique du Canton du Jura, Romain Marchand, l’admet pour ce qui concerne les établissements jurassiens : « La question des effectifs est globalement difficile, dans les circonstances budgétaires que l’on connait. On dispose actuellement d’un effectif qui est à la limite de ce qui est nécessaire. » Il ajoute qu’il y a plusieurs arrêts de travail pour cause d’accident ou de maladie… et que certains d’entre eux pourraient « partiellement être en lien avec le travail. » Romain Marchand reconnait que la situation actuelle n’est pas évidente, et il assure que des discussions sont en cours pour l'améliorer. /cto

Des rapports mais aussi l’Etat reconnaissent un manque de places et des conditions de détention pas toujours optimales à Porrentruy et Delémont malgré des efforts. Seul un nouvel établissement pénitentiaire, espéré de longue date, est susceptible d’apporter une solution satisfaisante. Notre dossier est à retrouver ici


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