Rentrée dans le cadre

Les classes reprennent mardi pour les écoliers jurassiens. Pour certains élèves, la rentrée ...
Rentrée dans le cadre

Les classes reprennent mardi pour les écoliers jurassiens. Pour certains élèves, la rentrée est plus compliquée que pour d’autres et ils vont reprendre l’école dans des classes spécifiques. Tour d’horizon de ces différents cours, alors que la nouvelle pédagogie spécialisée sera votée en fin d’année au Parlement

Lucien Rais est passé par la classe atelier. Il est actuellement à la tête de deux entreprises. Lucien Rais est passé par la classe atelier. Il est actuellement à la tête de deux entreprises.

L’encadrement des écoliers qui sortent du cadre est en discussion dans le Jura. Alors que les élèves retrouvent les bancs de classe mardi, certains ont plus de peine à s’adapter au système classique. Les élèves en difficulté d’apprentissage ou à besoins particuliers intègrent des cours spécifiques. Plusieurs types de ces classes ont été expérimentés, alors que le Parlement planchera cet automne sur la nouvelle ordonnance concernant la pédagogie spécialisée.

Jusqu’à présent, plusieurs solutions ont été mises sur pied. Il y a eu notamment la classe atelier, jusqu’en 2017 pour les élèves en situation d’échec ou mis dehors de l’école secondaire. Elle est devenue ensuite activité-projet jusqu’en 2020. Depuis 3 ans, une classe relais existe à Saulcy et des sessions d’enrichissement HPI sont proposées aux élèves à haut potentiel depuis 2015. Joël Joliat a donné des cours depuis 2013 à la classe atelier et a suivi des élèves dans tous ces différents modèles.

Pour lui, « il est compliqué d’avoir des classes homogènes à l’école classique. Certains élèves s’ennuient et cette classe atelier permettait de les mettre directement dans les travaux pratiques ».


L’importance de sortir du cadre

Lucien Rais a été élève en classe atelier. Actuellement à la tête de deux entreprises, il raconte que l’école n’avait pas vraiment de sens pour lui. Il rappelle que la maturité dépend de la personne et pas de l’âge. De son côté, c’est la vie professionnelle qui lui a donné cette maturité. Avant cela, en situation d’échec scolaire, il avait besoin d’une dixième année de scolarité. Il entre donc en classe atelier, mais les autres élèves voyaient mal cette intégration. Joël Joliat va dans son sens : « c’était des canailles ou des rêveurs ou des artistes, mais la plupart du temps, c’était des créatifs, des gens au potentiel énorme qui étaient bridés par le système éducatif ordinaire ». Il donne l’exemple d’élèves « fermés, introvertis qui ont complètement changé en une année. Ces élèves apprennent à se réintégrer dans l’école et à prendre sur eux le côté rébarbatif de l’école ordinaire ».

Ces élèves qui sortent du cadre font partie intégrante de la société. Ils permettent même de la faire évoluer, estime Joël Joliat : « Le système actuel convient à la majorité des élèves, mais une partie n’est pas prise en compte. Ils amènent des propositions différentes à nos systèmes de valeurs et à notre système scolaire. C’est important de tenir compte de leur avis. C’est bien de faire un peu bouger le cadre pour pouvoir avoir un épanouissement. Il ne faut pas enfermer les enfants ».


De turbulences à cassures

Si à l’époque de Lucien Rais, les élèves turbulents prenaient place sur les bancs de la classe atelier, le Covid a bien changé les choses, explique Joël Joliat : « Aujourd’hui, ce sont des élèves cassés qui nous arrivent en classe relais ou en sessions d’enrichissement. On a de moins en moins d’élèves qui dysfonctionnent au niveau du cadre, mais de plus en plus au niveau psychique. Ils sont cassés, à la limite de la rupture ».

L’idée de ces classes vient du canton de Vaud, repris au Jura c’est devenu une référence dans les cantons romands pour ces élèves. Il faudrait pourtant en faire encore plus, selon Joël Joliat. Aujourd’hui, le nouveau concept jurassien de pédagogie spécialisée propose notamment un accompagnement progressif des élèves en difficulté d’apprentissage ou à besoins particuliers pour une intégration dans une classe ordinaire.

Un flyer pour inviter à une exposition de la classe atelier en 2016. Un flyer pour inviter à une exposition de la classe atelier en 2016.

Le Parlement se prononcera cet automne sur les modifications légales de la nouvelle ordonnance concernant la pédagogie spécialisée. Le texte de loi devra ensuite être validé par le Gouvernement pour une mise en œuvre en 2023. /lbe


 

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