Nombre de sous-traitants de l'industrie horlogère ont déjà négocié l'achat de l'électricité pour au moins la fin de l'année prochaine, mais la poussée de l'inflation affectera leur rentabilité. Certains fournisseurs, en particulier les plus forts dans leur secteur, ont entamé des négociations avec leurs clients pour pouvoir répercuter une partie des hausses de prix de l'énergie ou d'autres intrants.
« Ceux qui ont bloqué sur un, deux ou trois ans leur approvisionnement ont de la chance mais cela ne fait que reporter le problème. Le problème de la hausse des prix de l'énergie est quand même là. Nous ne pensons pas qu'il y aura une chute », explique à AWP François Billig, directeur général d'Acrotec, un des plus grands sous-traitants indépendants de l'industrie horlogère, basé à Develier.
La vingtaine d'entreprises spécialisées dans la micro-mécanique constituant le groupe ont négocié leur approvisionnement électrique individuellement, sur des durées différentes.
Au-delà des prix, « ce qui nous fait le plus peur, ce sont les éventuelles coupures d'électricité qui pourraient survenir », ajoute le dirigeant.
Acrotec, qui compte environ 2400 collaborateurs et collaboratrices, consomme par an un peu moins de 30 millions de kilowattheures (KWH) en Suisse. « Notre objectif est de réduire notre consommation d'énergie de 10% à moyen terme. Nous avons requis l'appui de cabinets externes pour atteindre cet objectif », relate le patron.
Nonobstant les nuages qui s'amoncellent, Acrotec anticipe une hausse de son chiffre d'affaires de 10% en 2022. « Les marges vont aussi suivre », confie M. Billig tout en ajoutant que l'année prochaine pourrait être plus difficile.
Pour préserver les marges du groupe, les différentes filiales ont entamé des discussions avec leurs clients pour pouvoir augmenter les prix de leurs produits. « Mais ce n'est pas simple », admet le fondateur du groupe.
Même son de cloche chez Vaucher Manufacture, un fabricant de mouvements horlogers haut de gamme basé à Fleurier, également en pourparlers avec ses partenaires pour répercuter l'appréciation des charges qui interviennent au niveau de la fabrication de ses produits. « Les hausses de prix deviendront effectives le 1er janvier 2023 », assure le directeur général Jean-Noël Lefevre.
Très confiant pour l'évolution des affaires cette année et l'année prochaine, M. Lefevre souligne cependant les défis logistiques. « Face au succès du secteur horloger et de la forte demande, les retards se sont accumulés. Nos fournisseurs n'arrivent plus à satisfaire à temps tous leurs clients et du coup nous avons aussi du retard dans nos livraisons », fait-il remarquer.
Ralentissement attendu
Le secteur de l'horlogerie suisse, comme le secteur du luxe en général, profite de la forte demande d'une clientèle fortunée, moins touchée par l'inflation. Après avoir été frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus, les fabricants de garde-temps helvétiques se sont relevés très vite d'une année 2020 désastreuse, en particulier grâce aux modèles les plus chers. Le secteur devrait continuer à croître même si un certain ralentissement est attendu en fin d'année.
Les sous-traitants de cette industrie sont cependant beaucoup plus fragiles que leur clientèle, les maisons horlogères, notamment du fait qu'ils sont souvent de petite taille et engrangent des marges moins importantes.
Le dernier baromètre industriel de la chambre d'économie publique du Jura bernois (CEP), région comptant bon nombre de fournisseurs de la branche, souligne ainsi que « la progression constante de l'activité industrielle ayant été initiée durant l'été 2021 semble sur le point de connaître un temps de suspension. »
Selon les anticipations remontées, une minorité d'acteurs industriels anticipe encore une croissance du volume d'affaire pour la fin de l'année. La majorité des entreprises planifie cependant, dans le meilleur des cas, une stabilisation de l'activité voire une contraction de celle-ci, poursuit l'étude.
« La force du franc, les approvisionnements compliqués, l'inflation et le coût de l'énergie agissent directement sur les marges et péjorent le résultat de l'activité », explique à AWP Patrick Linder, directeur du CEP.
Le responsable relève en outre que bon nombre d'entreprises ont déjà négocié l'achat d'électricité jusqu'à fin 2023, voire 2024, à des tarifs certes onéreux, mais demeurant éloignés des prix sur le marché et allant parfois jusqu'à trente fois le coût habituel. /ats-cro









