Augmenter la quotité d'impôts ou assumer des coupes importantes dans les prestations. C'est le choix cornélien que laissent les autorités de Moutier aux conseillers de ville et aux citoyens dans le cadre du budget 2023
La ville de Moutier n’a désormais plus le choix : elle doit légalement présenter un budget 2023 dans les chiffres noirs. Le document a été présenté ce jeudi par les autorités en vue du Conseil de ville du 5 décembre. Il table sur un excédent de revenus d'1,1 million de francs. Un résultat qui ne pourra être atteint qu’avec une augmentation de la quotité d’impôts.
Pour comprendre cette situation, il est utile de revenir au 31 décembre 2019, date à laquelle la ville de Moutier plongeait officiellement dans les chiffres rouges avec un premier découvert au bilan. La législation cantonale s’est mise immédiatement en branle avec cette exigence : un délai de trois ans pour présenter à nouveau un budget positif, huit ans au maximum pour reconstituer une fortune. Les trois ans étant désormais écoulés, les autorités ont donc été forcées de présenter cet automne un budget 2023 positif. Un exercice difficile qui a nécessité la mise en place de plusieurs mesures, dont certaines ont mis du temps à produire un effet. On peut citer des départs à la retraite non compensés dans l’administration, la réorganisation en cours de l’Ecole à journée continue et de la Maison de l’Enfance, puis aussi la réduction de certaines charges d’exploitation. Tout cela représente une partie du contrat, mais elle ne suffira pas. Il faudra donc aussi augmenter la quotité d’impôts d'un dixième de point, soit de 1,94 à 2,04, comme l'a expliqué le conseiller municipal en charge des finances, Marc Tobler.
Une hausse qualifiée de modérée
L’augmentation d’un dixième de point de la quotité permettrait d’encaisser 780'000 francs par an. Une hausse qui se veut modérée. A titre d’exemple, 75% des contribuables prévôtois ont un revenu imposable situé entre 0 et 50'000 francs. Pour eux, la hausse moyenne de la part communale des impôts serait inférieure à 200 francs par an, assurent les autorités. Ces dernières ajoutent que la quotité prévôtoise est actuellement identique voire inférieure à celle de communes voisines comme Crémines, Court, Perrefitte ou encore Corcelles. Tout cela avec une quantité incomparable d’infrastructures et de services à financer.
L’équation est donc simple : il faudra augmenter les impôts... ou trouver ailleurs les 780'000 francs manquants, en coupant sévèrement dans les tâches non obligatoires. La culture avec les musées et la bibliothèque, les milieux associatifs, le sport avec certaines subventions directes ou encore l’éducation avec en première ligne les devoirs surveillés, le Service de la jeunesse ou encore les infirmières scolaires. C’est d’abord le Conseil de ville qui devra préaviser le 5 décembre ce budget avec une fiscalité à la hausse. Mais c’est bien le peuple qui aura le dernier mot en votation au premier trimestre de l’an prochain. A noter qu’en cas de refus du budget par le peuple, et donc de la hausse des impôts, les autorités de Moutier auront l’obligation de présenter une nouvelle mouture jusqu’à l’été, avec des économies conséquentes à trouver dans l'intervalle. Si elles n’y parviennent pas, le canton de Berne pourrait forcer en dernier recours une augmentation de la quotité.
Attractivité en danger
Se pose évidemment la question de savoir si les autorités sont prêtes à couper drastiquement dans les prestations. Marcel Winistoerfer, maire de Moutier, estime que c'est l'attractivité de toute la ville qui en pâtirait. Un coup dur supplémentaire alors que la cité prévôtoise perd des habitants depuis plusieurs années. Moutier fait toutefois partie des communes les plus généreuses en termes de soutien à la société. C'est ce qui était ressorti d'une comparaison effectuée en 2006, alors que la ville avait déjà accepté une hausse de la quotité d'impôts. Faut-il revoir cette générosité et prendre le risque de péjorer la vie locale ? Reste à savoir si les autorités auront vraiment le choix. /oza









