« 50% des bâtiments à Delémont ne sont pas accessibles »

Une dizaine de membres de l’Association suisse des paralysés s’est rendu ce jeudi devant un ...
« 50% des bâtiments à Delémont ne sont pas accessibles »

Une dizaine de membres de l’Association suisse des paralysés s’est rendu ce jeudi devant un nouveau restaurant delémontain actuellement inaccessible pour personnes à mobilité réduite, un exemple loin d’être isolé

La discussion entre les membres de l'Association suisse des paralysés et le gérant Mathieu Chapuis a été cordiale et constructive. La discussion entre les membres de l'Association suisse des paralysés et le gérant Mathieu Chapuis a été cordiale et constructive.

Ils étaient frustrés de ne pas pouvoir gouter les frites et les burgers de cette nouvelle enseigne ! Cette dizaine de membres de l’Association suisse des paralysés, section Jura-Neuchâtel-Jura bernois-Bienne, s’est empressée d’aller remettre ce jeudi ses doléances au gérant de l’établissement via une lettre ouverte. « On a vu que ce restaurant était en travaux depuis plusieurs mois, on s’est dit qu’il y allait y avoir l’aménagement d’une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite. Comme ça n’a pas été le cas, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée de se pointer devant le restaurant pour voir avec les gérants ce qu’il se passe », explique Dominique Monnin après avoir remis la lettre.

Reportage

La discussion a été tout à fait cordiale et la petite délégation même surprise de l’ouverture d’esprit du gérant, par ailleurs fondateur il y a sept ans de l’équipe de Suisse de Cécifoot pour personnes malvoyantes ! « Je suis sensible à la problématique. C’est vrai que l’on a fait des travaux de rafraichissement, mais la commune ne nous a pas formulé de demande spécifique à cet égard. Mais c’est en projet, on a toujours eu dans l’optique de faire quelque chose. On va faire ça en bonne et due forme », rassure Mathieu Chapuis. Légalement, il n’est pas obligé de le faire, tout simplement parce que « les travaux entrepris n’exigeaient pas de dépôt de permis de construire et ne consistaient pas en un changement d’affectation. Si ce ne sont que des travaux de rafraichissement et non de transformation, il n’y a pas d’obligation de rendre l’établissement accessible », explique Luc Bron, architecte spécialisé des questions d’accessibilité qui travaille notamment pour l’association Pro Infirmis.

Luc Bron : « Nos voisins européens ont une obligation de rendre accessible tous les bâtiments dans un délai déterminé »

Mais le problème est bien plus large et ne concerne, de loin, pas qu’un restaurant. « À Delémont, je dirais que 50% des établissements ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. On ne peut par exemple pas accéder à la salle des mariages avec une chaise roulante. Au niveau des administrations, c’est de moins en moins acceptable », expose Dominique Monnin. Chez nos voisins européens, la loi a donné un délai impératif pour mettre aux normes les bâtiments recevant du public au sens large. « En Suisse, l’obligation ne vaut que pour les nouveaux bâtiments ou les transformations. Ça laisse plus de temps aux maitres d’ouvrage et propriétaires d’adapter les bâtiments, mais pour les personnes en situation de handicap le changement est très lent », précise l’architecte Luc Bron.


« Les normes suisses sont très bien, ce qu’il manque c’est de les appliquer ! »

Un état de fait que regrette aussi le président central de l’Association Suisse des paralysés. « J’ai lu les normes suisses, elles sont très bien faites ! Ce qu’il manque, c’est de les respecter, de mettre en pratique ce qui est écrit sur le papier ! Il manque aussi une part de volonté des institutions qui ne poussent pas assez », lance Sebastiano Carfora, ajoutant cependant être souvent entendu lorsqu’il se déplace sur le terrain pour faire remarquer des manques. Sur le plan politique, le parlement jurassien a encore refusé l’an dernier une motion qui demandait un recensement des bâtiments accessibles aux personnes à mobilité réduite. Porteuse du texte, la députée socialiste Lisa Raval déplore aujourd’hui « un retard et un manque de volonté politique ». /jpi


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