Il est accusé d’avoir fait vivre un enfer familial à son épouse et à ses deux jeunes filles. Un père de famille comparait depuis ce mardi devant le tribunal pénal à Porrentruy. Il est notamment accusé de viol et contrainte sexuelle sur son ex-épouse, de lésions corporelles et de plusieurs accès de violence. L’épouse est aussi prévenue dans cette affaire pour violation du devoir d’assistance ou d’éducation.
Parole contre parole
« Il m’a menacée, tabassée, humiliée pendant 13 ans », sanglote-t-elle, décrivant un véritable calvaire depuis son mariage en 2007. Le tournant arrive en février 2020 dans un ultime accès de colère de son mari qui aurait brandi un couteau, menaçant son épouse de mort et affirmant qu’elle ne reverrait plus jamais ses enfants si elle parlait. « Quand il a brandi le couteau sur mon ventre, là je me suis dit qu’il allait vraiment le faire », confie la mère de famille qui se rend alors, enfin, à la police. Lui rejette catégoriquement cette image de tyran et reconnait seulement une dispute où il s’est saisi d’un couteau pour intimider, assortie de menaces. Mais il nie l’avoir insultée ou menacée de mort. « Je conteste tout ça, je n’ai jamais violé ma femme ni frappé mes filles », répète l’homme proche de la soixantaine. Il évoque même une « vie parfaite, d’amour, de bonheur » jusqu’à son deuxième accident du travail en 2012 qui l’empêchera par la suite d’exercer. « Après mon accident, elle a eu des problèmes psychologiques et ça a changé », martèle le père de famille.
« Elle n’est pas l’oie blanche et la victime que l’on prétend »
« Il subsiste un doute », reconnait d’emblée la procureure qui met aussi en lumière les contradictions dans les accusations de l’épouse dont la personnalité ambigüe jette de sérieuses zones d’ombre. « Elle n’est pas l’oie blanche et la victime que l’on prétend », lâche même l’avocat de la défense Me Allimann. Le Ministère public relève une gradation dans ses déclarations, comme dans celles de ses deux filles avec qui elle vit. Après l’ultime dispute de février 2020 où elle a été menacée d’un couteau, elle n’évoque pas à la police des contraintes d’ordre sexuel, mais ces accusations n’apparaissent que quelques mois plus tard. Son avocate, Me Metthez, y voit des « déclarations spontanées » et « une parole qui se délie progressivement ». La défense relève, elle, le « manque de charges scientifiques et de témoins ». Des voisins et le concierge affirment seulement qu’elle crie souvent, certains la dépeignent comme grossière. La mère de famille ira jusqu’à tenir des propos cruels et menaçants envers ses filles : « Je vais vous tuer, vous égorger et vous brûler ».
Le Ministère public ne retient que les menaces
Un comportement pour lequel elle s’est mainte fois excusée. « Avant de connaître mon mari, je n’étais pas comme ça, c’est lui qui m’a rendu malade », justifie l’épouse. Face aux lacunes du dossier, la procureure requiert uniquement des jours-amendes avec sursis contre le père pour menaces et retient la violation du devoir d’assistance ou d’éducation envers les deux parents. Le père y est visé pour son extrême sévérité et pour avoir frappé ses filles, notamment avec une cuillère en bois, ce qu’il nie aussi. Avocate représentante des deux filles, Me Patricia Boillat a dépeint une éducation archaïque qui tombe sous le coup de l'infraction pénale, « d'un autre temps » confirme une expertise. L’homme contredit également tout le dossier concernant ses relations avec ses filles, répétant « qu’elles sont manipulées » - ce que n’écarte pas totalement le Ministère public - mais qu’elles lui font spontanément des câlins lors des visites. Pourtant, dans des courriers à leur curatrice, ses deux filles affirment ne pas vouloir le voir, car « elles ne peuvent pas oublier ». /jpi









