Une initiative fédérale demande de limiter les tirs d’engins pyrotechniques qui provoquent trop de nuisances selon les auteurs. A l’aube de la fête nationale, certaines communes de la région prennent aussi des mesures pour encadrer la pratique
Pour certains, il est inconcevable de célébrer la fête nationale sans feux d’artifices. Pour d’autres, cette pratique devrait être abolie. Ces derniers ont d’ailleurs lancé une initiative fédérale pour réclamer une limitation de l’utilisation d’engins pyrotechniques en Suisse. Leur texte, selon leurs estimations, pourrait prochainement atteindre le nombre de signatures minimales nécessaire. Ils évoquent le bruit et les nuisances sonores pour motiver leur démarche.
Les initiants comptent plusieurs organisations de défense de l’environnement et des animaux parmi leurs soutiens. Des membres de la classe politique ont aussi décidé de se joindre à cette cause. Parmi eux, Susanne Clauss, conseillère de ville biennoise et coprésidente du Parti socialiste de la cité seelandaise. Pour elle, interdire les feux d’artifice est une nécessité avant tout pour le bien-être animal : « Nous avons une responsabilité face aux autres espèces qui vivent une extinction de masse. Une protection rapide et stricte est nécessaire ». Les feux stressent davantage les animaux, explique-t-elle, ce qui peut causer leur perte.
Susanne Clauss dénonce par ailleurs la multiplication des tirs « quelques jours avant et quelques jours après la fête nationale » et non pas uniquement lors des événements pour lesquels de tels spectacles sont prévus. « L’initiative ne veut pas interdire, mais limiter », avance par ailleurs la coprésidente du PS biennois. Le texte, en effet, demande de limiter les feux d’artifice aux seuls événements d’importance « suprarégionale ». Pour ces derniers, des autorisations spéciales devraient être demandées.
Interdire ou limiter ?
Si Susanne Clauss vient d’une ville où les feux d’artifices ne sont plus d’actualité pour la fête nationale (du moins, en 2023), certaines cités ont décidé de malgré tout maintenir cette pratique. C’est le cas par exemple de Saignelégier ou de Porrentruy.
Dans le chef-lieu ajoulot toutefois, on reconnaît que ces spectacles peuvent déranger : « Au sein de mon département et du service dédié, la question de maintenir ou pas les feux d’artifice s’est posée », explique Gilles Coullery, conseiller municipal en charge des manifestations. Alors qu’a fait pencher la balance en faveur du maintien ? « Nous sommes partis du principe que si nous mettions sur pied un événement, nous éviterions les tirs de personnes privées », détaille-t-il. Car Porrentruy voudrait empêcher une situation où chacun ferait sa fête de son côté : « Nous invitons la population à ne pas tirer des feux, mais à venir assister à notre événement », exhorte le conseiller municipal bruntrutain. Un appel qui fait écho à celui des autorités de St-Imier qui demandent, pour des questions de sécurité « de ne pas imiter l'artificier professionnel à proximité du centre de la localité » où seront tirés des fusées.
Gilles Coullery reconnaît, en revanche, que ces animations causent des nuisances tant pour les habitants que pour les animaux. La solution de sa ville serait donc, selon lui, la meilleure pour éviter un maximum de désagréments. Un avis que ne partage pas totalement Susanne Clauss. Pour elle, demander aux individus de renoncer à leurs célébrations n’est pas suffisant : « Certains vont penser qu’on veut juste les priver d’un plaisir supplémentaire ». Une interdiction devient alors nécessaire, justifie l’élue biennoise.
A la recherche d'alternatives meilleures pour l'environnement
L’an dernier, la Ville de Delémont a annoncé son intention de renoncer totalement aux feux d’artifice pour des motifs environnementaux. Si Susanne Clauss applaudit cette décision, Gilles Coullery se montre, lui, plus sceptique face à ce choix : « Interdire les feux d’artifice sur tout le territoire communal aurait plus de sens ». Car le gros problème, souligne-t-il, réside toujours dans le fait de laisser des privés tirer des feux à plusieurs endroits et à divers moments. Le chef-lieu jurassien n'est toutefois pas la seule commune à faire part de cette préoccupation pour justifier un changement de programme dans les festivités du 1er août. A La Neuveville aussi par exemple, les feux tombent à l'eau pour préserver le bien-être de la faune, expliquent les responsables de la manifestation. En guise d'alternative, la Société de développement de La Neuveville propose un spectacle nocturne et l'allumage d'un bûcher. A Moutier, c'est une animation « sons et lumières » qui ponctuera la fête nationale.
Quant à Bienne enfin, depuis l'an dernier, un show de drones remplace le traditionnel « Big Bang ». Cette année encore, cette prestation sera visible depuis les rives du lac. Cette idée, Susanne Clauss voudrait qu’elle se démocratise davantage. Elle-même avait d’ailleurs été à l’origine d’un postulat au Conseil de ville biennois qui réclamait cette transition. « Nous n’avons pas besoin d’étude scientifique pour savoir que les drones sont moins nocifs pour les oiseaux notamment », argumente-t-elle. /amo









