Un loup aurait fait un carnage sur la montagne de Chasseral vendredi dernier. Un berger a retrouvé sept de ses moutons morts ou agonisants suite au passage, quasiment certain, du canidé. L’homme a été alerté tôt vendredi que son troupeau d’un peu plus de 40 moutons était dispersé. A son arrivée sur les lieux, il a découvert sept de ses bêtes, dont une mère qui portait deux petits, mortes ou agonisantes. Le berger a été contraint d’abréger leurs souffrances.
Les bêtes qui ont échappé à cette probable attaque d’un loup sont traumatisées et ont un comportement agité, à tel point que leur berger ne saurait pas qu’en faire actuellement. De plus, deux d’entre elles étaient encore introuvables lundi matin. Selon les premiers éléments, ce carnage semble être le fait d'un individu solitaire. Des analyses sont en cours, ce qui implique que les autorités cantonales ne souhaitent pas communiquer pour le moment.
Peu de moyens pour protéger les troupeaux
« Un cas d'une aussi grande ampleur n'est jamais arrivé dans la région. Si les faits sont confirmés, en une seule attaque, le loup a dépassé le quota nécessaire pour être abattu », avance Ronald Sommer, responsable du secteur du menu bétail pour la Chambre d'agriculture du Jura bernois. L'ordonnance sur la chasse a été adaptée au 1er juillet. Depuis cette date, dans des régions où des loups isolés ont déjà provoqué des dégâts, l'animal pourrait être abattu dès qu'il a tué six animaux de rente.Ronald Sommer précise attendre de connaître la version officielle avant de monter au créneau. Car il est prêt à monter aux barricades pour défendre les éleveurs. « Pour le 99% d'entre eux, les frais à engager pour se protéger sont totalement démesurés », déplore-t-il. Deux solutions s'offrent aux paysans : l’installation d’une clôture ou des chiens. Des propositions qui ne convainquent pas Ronald Sommer, lui-même agriculteur à Monible. « Si un loup veut la franchir [la clôture], il passera », relève-t-il.
L'option des chiens pose d'autres problèmes. « D'une part, ils doivent être en surnombre par rapport au loup », développe Ronald Sommer, avant de préciser que les procédures pour avoir un chien pour garder son troupeau prennent beaucoup de temps et coûtent très cher. Il est nécessaire de s'inscrire sur une liste d'attente et la procédure peut prendre trois ans, raconte Ronald Sommer qui avait lui-même fait la demande auprès de l'Association suisse de protection des territoires contre les grands prédateurs (l'ASPTcontreGP). « Par ce biais, un chien coûte 12'000 francs, dont 10% sont à charge de l'éleveur », déplore Ronald Sommer. Le membre du comité de la CAJB précise que l'ASPTcontreGP a vu son budget fédéral 2023 doubler par rapport à l'année précédente, pour s'établir à 8,5 millions de francs, mais qu’ « il a déjà été épuisé au 1er juillet et pas un franc n'a été affecté au Jura bernois ». Ronald Sommer va plus loin. « Si ça continue comme ça, cela ne sera mentalement plus supportable pour les bergers. Si aucune mesure n'est prise, le risque d'abandon de l'élevage est considérable. Quand il n'y aura plus de moutons, les loups s'attaqueront aux veaux », termine-t-il. /epe-lyg









