Il est des dossiers qui prennent du temps dans le canton du Jura. L’aménagement de l’aire de passage des gens du voyage suisses en est un. Alors que le site de Mavalau accueille des Yéniches depuis 2014, les aménagements promis n’ont toujours pas été réalisés. La place bétonnée, située entre Porrentruy, Courtedoux et Bressaucourt, en contrebas de l’A16, met à disposition des toilettes chimiques et de l’eau qui n’est pas propre à la consommation.
Après la gratitude, la déception
Si au printemps 2014, les communautés yéniches étaient soulagées d’avoir trouvé un lieu pour se reposer et travailler, après avoir été refoulées lors d'une manifestation à Berne, désormais la déception est grande à Mavalau. « On est très déçu », ajoute la présidente de l’association Citoyens nomades. Même si des travaux conséquents ne peuvent être entrepris rapidement, il a été demandé de mettre au moins l’électricité à titre provisoire. « C’est tirer un câble […] même ça on ne le fait pas, on trouve toujours une excuse », se plaint Sandra Gerzner.
Sandra Gerzner : « On est très déçu »
Une question d’arbitrage entre les différents projets
Les autorités jurassiennes ont promis de réaliser des aménagements dès l’arrivée des premiers Yéniches à Mavalau. Depuis, l’Office fédéral de la culture a versé 200'000 francs au canton du Jura en prévision de ces travaux, qui devraient coûter deux fois plus. Le plan spécial pour aménager la place a été adopté en juin 2021. Le ministre de l’Environnement indique que ce projet sera réalisé dès que possible en fonction des moyens financiers du canton. « Il y a des arbitrages financiers qui font qu’effectivement les travaux prévus n’ont pas pu être réalisés », souligne David Eray. La planification financière des investissements prévoit sa réalisation en 2025. Le ministre est conscient du ressenti des gens du voyage : « on peut comprendre leur déception, comme on comprend la déception d’autres contribuables jurassiens qui attendent aussi des investissements ».
« La place la plus chère de Suisse »
Pour séjourner à Mavalau, ces populations nomades dépensent 10 francs par jour et par famille. « C’est la place la plus chère de Suisse », nous confie Sandra Gerzner. Cette maman précise qu’en plus de la taxe journalière, les Yéniches doivent acheter de l’eau potable, du carburant pour alimenter les génératrices afin d’avoir de l’électricité, ainsi que des bombonnes de gaz pour le frigo. Ce tarif a été fixé à l’occasion d’une convention signée par le canton, la ville de Porrentruy et la communauté des gens du voyage suisses. Il correspond au prix d’autres places dans le pays. Le commissaire de la police municipale bruntrutaine, Dominique Vallat, relève que les émoluments se montent à environ 2'500 francs par année (2'110.- en 2022, 2'890.- en 2021), de quoi couvrir les frais inhérents à l’accueil des gens du voyage.
Protéger l’identité des gens du voyage suisses
Cette minorité nationale, reconnue en tant que telle par la Confédération qui s’est engagée à préserver son identité et ses coutumes, espère améliorer son quotidien à Porrentruy. Si la population Yéniche est estimée à environ 30'000 personnes en Suisse, ils ne sont plus que 3'000 à conserver un mode de vie nomade. /ncp









