Le procès du drame de La Neuveville est entré ce jeudi dans son 3e jour avec le réquisitoire du procureur et les plaidoiries des avocats. Le procureur a requis des peines pécuniaires de 120 à 300 jours-amende avec sursis pendant deux ans pour homicide par négligence lors du procès des responsables présumés de la mort par électrocution de deux femmes à La Neuveville en mai 2017. Une installation électrique défectueuse a mené au drame.
Le procureur Raphaël Arn a demandé au tribunal régional Jura bernois Seeland à Moutier de reconnaître sept des huit prévenus coupables d'homicides par négligence. Le montant de la peine pécuniaire doit être fixé par le tribunal. Le représentant du Ministère public a demandé l'abandon des charges contre l'un des prévenus. Le verdict est attendu le 6 décembre.
Les personnes sur le banc des accusés sont des électriciens et des monteurs électriciens qui ont procédé à l'installation défaillante ou à son contrôle. Il s'agit aussi de membres du personnel de l'époque de La Neuveville.
Une femme de 24 ans avait sauté dans le lac de Bienne pour sauver sa chienne tombée à l'eau et restée inanimée après avoir touché une barrière longeant le port. Mais la jeune femme perd connaissance à son tour. Témoin de la scène, une touriste néerlandaise de 53 ans plonge à son tour pour lui porter secours, mais subit le même sort.
Installation pas aux normes
Le tube de la barrière qui abrite le fil électrique pour arriver à une prise avait été mal fixé et tournait. C'est ce mouvement qui aurait rongé par cisaillement la gaine à l'entrée du tube jusqu'à le mettre à nu. Le courant serait entré en contact avec le métal puis l'eau via le ponton. Le disjoncteur n'avait pas fonctionné.
« Ne vous attendez pas à ce que le procureur tape sur les prévenus. Aucun d'eux n'a voulu ce qui s'est passé, chacun souffre », a déclaré d'emblée Raphaël Arn. Pour le représentant du Ministère public, « on est dans quelque chose d'incroyablement humain ».
Absence de contrôle
Certains des prévenus estimaient qu'il incombait à d'autres de procéder aux contrôles et de vérifier le respect des normes de sécurité de cette installation. Ou ils ne l'ont pas fait de manière à prévenir tout accident, a souligné le procureur dans son réquisitoire de près de trois heures.
« On aurait pu avoir cinq à six morts avec ce problème électrique », a poursuivi Raphaël Arn, expliquant que les règles de prudence pour une installation proche de l'eau n'avaient pas été appliquées. « On n'a pas fait gaffe à ça », a-t-il relevé, évoquant aussi une suite de mauvaises appréciations qui ont conduit au drame.
Raphaël Arn a aussi estimé que le fonctionnement de la commune de La Neuveville à l'époque des faits avait permis que « ce qui s'est passé se passe ». Pour le procureur, il y a eu une absence de réflexion sur la façon de faire les choses. « On fait vite, trop vite ». Pour lui, il y a une responsabilité morale de la commune qui exploite les installations électriques du port de plaisance.
Moment d'émotion
C'est avec la voix remplie d'émotion et avec une grande dignité que les parents de la victime conductrice de chien en cas de catastrophe ont pris la parole après le procureur. Ayant renoncé à être assistés d'un avocat, ils ont plaidé au titre de parties plaignantes.
La mère a évoqué la vie de sa fille et de sa chienne Makani. « J'ai hurlé dans le salon quand mon mari m'a appris la mort de ma fille », a ajouté cette infirmière de 66 ans qui a expliqué que le couple est resté à La Neuveville pour que la justice soit rendue.
Le père a lui raconté les jours qui ont suivi le drame. « Nous avons basculé d'un monde de bonheur total dans un trou noir et nous avons frisé la folie, c'est sûr ». Il est persuadé que si l'installation avait été faite dans les normes, sa fille serait en vie.
S'adressant aux prévenus, il les a accusés d'avoir « tout » négligé lors de la mise en place de cette installation électrique. « Vous, les prévenus, êtes coupables d'homicide par négligence. Nous demandons à la justice de ce pays de vous sanctionner », a lancé le père. /ATS-nmy









