Drame de La Neuveville : dernières banderilles avant le verdict

Après quatre journées intensives d’audience, le Tribunal Jura bernois-Seeland s’est retiré ...
Drame de La Neuveville : dernières banderilles avant le verdict

Après quatre journées intensives d’audience, le Tribunal Jura bernois-Seeland s’est retiré ce vendredi pour délibérer dans l’affaire du drame du port de La Neuveville. Retour sur les dernières plaidoiries

Le drame de mai 2017 a laissé une blessure indélébile dans le cœur des Neuvevillois. (Photo : archives). Le drame de mai 2017 a laissé une blessure indélébile dans le cœur des Neuvevillois. (Photo : archives).

« Vous avez jusqu’ici entendu un réquisitoire et des plaidoiries très émotionnelles. Comment ne pas le comprendre ? Je vais toutefois devoir répondre à cette émotion par un langage technique et juridique. » En ouverture de cette dernière journée d’audience vendredi matin, Sarah El Khalifa, avocate de l’un des prévenus, a donné le ton. « Cela peut paraître déplacé et indécent, mais la réponse du tribunal doit être basée sur des faits juridiques, pas sur l’émotion », a-t-elle ajoutée avant de développer sa défense.

Au même titre que les sept autres prévenus dans cette dramatique affaire du port de La Neuveville, lors de laquelle deux femmes avaient perdu la vie par électrocution dans les eaux du lac, son client est un professionnel du domaine de l’électricité. On lui reproche, en sa qualité de contrôleur agréé, d’avoir validé en 2016 l’extension d’une installation pourtant défaillante. Soit une année avant l’accident. « Les normes sont formulées de manière à permettre une certaine marge d’interprétation », a tempéré l’avocate. « Mon client n’a participé ni à la réalisation, ni à la mise en service, ni à la modification de cette installation électrique. » Et d’attirer l’attention des juges sur l’employé communal coupable d’avoir remplacé le disjoncteur FI en place par un modèle standard, dont le temps de déclenchement est plus long.


Défense « admirable »

La plaidoirie de Me El Khalifa illustre à merveille une matinée d’audience durant laquelle les défenseurs auront tenté de blanchir leurs clients, souvent en rejetant les responsabilités sur d’autres. Qui des monteurs électriciens, des contrôleurs, des patrons d’entreprise ou des chefs de service communaux doivent porter le chapeau ? Qui a fait preuve de négligence ? Qui, de par son action – ou son inaction -, a provoqué cette fatale fuite d’électricité dans les eaux du lac de Bienne ? Personne ou presque, selon les avocats de la défense, lesquels ont tous plaidés l’acquittement.

Des avocats qui ont « admirablement » fait leur job mais en n’insistant logiquement que sur les détails qui les arrangeaient, a glissé en fin d’audience Robert Schläfli, père de Claire, l’une des deux victimes de ce terrible accident. De la façon la plus humaine possible dans ces circonstances, ce dernier s’est adressé à chacun des prévenus, leur rappelant avec calme et même une forme de douceur leurs responsabilités. « Même si vous êtes tous très bien défendus, il me semble que vous êtes prêts à subir une légère sanction. Car impossible de dire que nul n’est fautif dans cette affaire, comme il serait injuste de ne punir que certains d’entre vous », a-t-il insisté, regrettant au passage que les responsables politiques, eux, n’aient pas été inquiétés par la justice.

Six ans se sont passés depuis le drame. Si la douleur des proches ne disparaîtra probablement jamais, Robert Schläfli a appelé la présidente du tribunal à sanctionner raisonnablement les prévenus. Ceci pour alléger leur conscience, soulager les proches des victimes. « Au rendu du jugement, le 6 décembre, ma femme Christiane et moi-même fêterons notre anniversaire de mariage. Nous aimerions pouvoir clore à cette occasion cette histoire malheureuse, et serrer la main de toutes ces personnes. » /oza


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