Le système pédiatrique se fragilise dans le Jura. Les cabinets et les urgences pédiatriques font face à un afflux de patients ces dernières années. Une situation aggravée par la saison hivernale actuelle, plus propice aux virus respiratoires, à la grippe ou au Covid. Les tâches administratives deviennent de plus en plus lourdes, alors que l’effectif des pédiatres va se réduire, sans que la relève se bouscule au portillon.
Le Jura recense quatorze pédiatres. Huit médecins sont installés en cabinet, mais certains exercent à temps partiel. Deux autres partagent leur occupation entre des consultations privées et un mandat à l’Hôpital du Jura. Et les quatre autres pratiquent exclusivement à l’HJU, qui recense en moyenne 30 à 50 consultations quotidiennes, selon le responsable de la communication Olivier Guerdat. Le Docteur Patrick Terrier est, lui, exclusivement à son compte depuis 2010 à Delémont et voit entre 20 et 25 enfants par jour. Tout comme l’association des pédiatres jurassiens, la Ped-Ju, il s’inquiète pour l’avenir : « On constate qu’on va au-devant d’années difficiles. Plusieurs pédiatres sont susceptibles de partir à la retraite prochainement et il n’y a pas de relève. Le système est fragile, les cabinets débordent. On a déjà du mal à suivre avec nos propres patients, donc ça se complique s’il faut reprendre les patients d’un confrère, en cas d’arrêt maladie ou de départ à la retraite ».
Dr Patrick Terrier : « On a un système un peu précaire à l’heure actuelle »
Déjà très occupés, les pédiatres et l’Hôpital du Jura sont encore davantage sollicités depuis la pandémie de coronavirus, entre une population déstabilisée, du retard dans le suivi de certains enfants et des systèmes immunitaires moins stimulés face aux virus avec les mesures d’hygiène anti-covid. S’il y a davantage de travail, il n’y a pas pour autant plus de médecins qui viennent s’établir dans le Jura : « La pédiatrie et la médecine générale sont moins attractives que la médecine spécialisée, en termes de standing, de disponibilités et de valorisation financière », souligne Patrick Terrier, selon qui une région qui n’est pas la plus attractive et des jeunes médecins qui ne souhaitent plus forcément travailler à 100% ne favorisent pas non plus la reprise de cabinets.
Patrick Terrier « : La pédiatrie est une médecine qui demande beaucoup »
La Ped-Ju a rencontré le ministre de la Santé Jacques Gerber cet été pour lui exposer ses préoccupations. Patrick Terrier estime qu’il faudrait recenser les jeunes Jurassiens en formation et les talonner pour qu’ils reviennent dans la région. Il évoque aussi la piste de cabinets médicaux pédiatriques : « Certains jeunes médecins ne veulent plus gérer un cabinet privé, ils veulent pouvoir se concentrer sur leur activité sans s’occuper de la gestion ». L’HJU s’en va aussi au-devant d’un manque de pédiatres avec des départs à la retraite : « On recherche des solutions à court ou moyen terme pour trouver de la relève. On s’appuie sur notre service pédiatrique formateur qui a une bonne réputation chez les médecins internes et qui est un des mieux notés de Suisse romande », explique Olivier Guerdat. Du côté du canton, la pédiatrie fait partie des trois exceptions à la clause du besoin, en raison de ce risque de pénurie avéré. Il a aussi levé provisoirement l’obligation pour les médecins étrangers d’avoir travaillé pendant trois ans au moins en milieu hospitalier suisse pour pouvoir ouvrir leur cabinet. /emu









