La décision de la RTS la semaine dernière de rayer temporairement de sa programmation les films avec Gérard Depardieu, accusé notamment de viol, divise les internautes et les téléspectateurs. Pour la directrice des cinémas de la région, il vaut mieux privilégier le débat plutôt que la censure
C’est une décision qui ne fait pas l’unanimité. La semaine dernière, la RTS a retiré de sa programmation des films avec Gérard Depardieu. Un choix qui fait suite aux révélations de Complément d’enquête. Le magazine télévisé français a épinglé le comportement de l’acteur envers les femmes. L’acteur est par ailleurs mis en examen pour viols.
Sur les réseaux sociaux, la position de la RTS a été vertement dénoncée d’une part, mais saluée de l’autre.
Nous avons demandé l’avis d’Edna Epelbaum sur la question. « C’est un sujet qu’il ne faut pas banaliser, appuie la directrice de Cinevital, Cinepel et Cinemont. Mais à mon avis, il aurait plutôt fallu réfléchir à la manière de débattre sur ce sujet au lieu de bannir tout un film pour un seul acteur ».
« Qui punit-on vraiment en bannissant un film ? Gérard Depardieu ou le technicien qui cherche à gagner sa vie ? »
Pour la cheffe des programmations, il faut empoigner le problème à sa racine. « Ne faut-il pas commencer par protéger les femmes sur les sets de tournages ? », questionne-t-elle.
Les cinémas au bout de la chaîne
Depuis le mouvement #metoo, la parole s’est largement libérée autour des conditions de travail sur les plateaux de tournage. Dès lors, beaucoup de questions se posent sur la responsabilité qu’ont les plateformes publiques dans la diffusion des films avec des acteurs controversés.
Les cinémas aussi peuvent être confrontés au choix cornélien de projeter ou non un film, dont l’acteur ou l’actrice est au cœur d’accusations. Edna Epelbaum rappelle néanmoins que les exploitants de salles obscures sont les derniers acteurs de la chaîne de distribution amenés à prendre une telle décision. « Il arrive que des distributeurs suisses achètent les droits d’un film controversé, précise-t-elle. A ce moment-là, c’est à nous de décider de diffuser le film ou non ».
« Si un film n’obtient pas les droits pour exploiter en Suisse, il sera difficile pour nous de le programmer »
Il est arrivé que les cinémas de Suisse romande décident collectivement de ne pas projeter un film. C'était le cas de « Corsage » (2022). Pour rappel, l’acteur qui incarne l’empereur François-Joseph dans ce biopic de Sissi a été condamné à Vienne à deux ans de prison avec sursis pour possession et production de matériel pédopornographique. /ddc









