Une cinquantaine de personnes ont répondu à l'invitation de la commune mercredi soir à la halle de gymnastique de Crémines. De nombreux points sensibles ont pu être abordés dans un climat parfois tendu
Dès août 2026, les écoles de Moutier passeront au système scolaire jurassien. Les communes de la couronne de Moutier, qui scolarisent actuellement leurs élèves à l’école secondaire à Moutier, sont donc appelées à revoir leur organisation. C’est pour tenter de répondre aux interrogations de la population sur cet épineux dossier que la commune de Crémines a invité, mercredi soir, ses citoyens à une séance d’information publique. Une cinquantaine de participants ont ainsi pu faire part de leurs nombreuses questions et inquiétudes, dans une atmosphère parfois tendue.
Rappel des faits
À l'heure actuelle, deux options sont envisagées : soit les enfants du Cornet continueront de se rendre à Moutier et vivront une scolarité jurassienne, soit des classes secondaires seront créées à Grandval pour permettre aux élèves d’effectuer leur scolarité dans le système scolaire bernois. Le 12 mars 2023, un vote de principe avait été organisé. Grandval, Eschert, Corcelles, Roches et Elay ont opté pour une école secondaire en terre bernoise. Précisons que la commune de Corcelles, qui avait accepté par 53 oui et 44 non de développer le modèle « Grandval », a depuis adressé une demande au Canton du Jura pour une solution à Moutier. Pareil à Perrefitte, Belprahon et Crémines qu ont déposé une demande pour que leurs élèves puissent continuer à fréquenter l’école secondaire de Moutier. Depuis les préparatifs de mise en œuvre ont été effectués. C'est maintenant aux citoyens du Cornet, en juin prochain, de se prononcer sur une scolarisation dans le canton du Jura ou dans le canton de Berne. Mais la question sera posée de manière indirecte.
Cinq questions en trois volets
Contrairement à une idée reçue, il ne sera pas demandé à la population de choisir entre une scolarisation des élèves à Grandval ou à Moutier, mais bien s’ils acceptent de dissoudre le syndicat scolaire actuel et s’ils valident ensuite la nouvelle organisation. Concrètement, les citoyens du Cornet seront appelés à répondre à cinq questions posées en trois volets. La première concerne la dissolution du syndicat actuel ; passage obligatoire avant de pouvoir en créer un nouveau. Les objets suivants concernent l'adhésion au nouveau syndicat scolaire élargi du Grand Val et l'acceptation d'y scolariser les enfants des sections P et M. Mais la dissolution de l'actuel syndicat pourrait être refusée. Dans ce cas, la population pourrait décider d'en sortir et de se rallier à la nouvelle entité, pour autant que cette dernière soit créée. À noter que la commune de Roches, n'étant pas membre du syndicat scolaire actuel, n’aura à se prononcer que sur ce qu’elle ferait en cas de dissolution ou de non-dissolution de ce dernier. Autant de questions qui soulignent la complexité du dossier où une multitude de scénarios sont possibles. Aurait-il été possible de faire plus simple ? « J'ai longtemps cherché », avoue Aldo Dalla Piazza, expert mandaté par le Canton pour accompagner les Communes dans ce dossier. « Mais si on simplifie trop les objets mis en votation, ils deviennent simplistes, tendancieux et faux, donc on est obligé de formuler les questions de manière à ce qu'il n'y ait aucune ambiguïté », explique-t-il.
Aldo Dalla Piazza : « Le contexte particulier de cette région fait qu'il y a une charge émotive sur des questions qui devraient être traitées de manière plus placides »
De nombreuses interrogations
Durant la soirée, plusieurs questions ont rapidement fait l'objet de longues explications détaillées. La dissolution du syndicat est justement un point qui a suscité le débat, certains participants ne comprenant pas l’intérêt de le dissoudre pour en créer un nouveau juste derrière. Pour Aldo Dalla Piazza, la question est légitime. « Si on avait voulu faire autrement, on aurait pu changer les buts du syndicat en ajoutant la section P et M, mais pour ça il aurait fallu que les six communes membres du syndicat décident unanimement de le faire et l'unanimité, elle n'était pas possible, elle ne peut jamais être atteinte dans cette région », explique l'ancien recteur du Gymnase français de Bienne. « On a donc cherché une solution qui permette de passer à une situation concrète à la fin, avec des majorités et pas avec une unanimité », ajoute-t-il.
Volte-face cantonal
Autre point de friction et non des moindres, le revirement du canton de Berne dans ce dossier. Après avoir promis aux communes une large autonomie, le Gouvernement bernois a tenu à faire savoir, dans un courrier daté du 6 mars, qu’en l’état actuel de l’analyse, si une école secondaire devait voir le jour à Grandval, seules les communes de Perrefitte et (peut-être) de Belprahon seraient autorisées à envoyer leurs élèves à Moutier dès 2026. Du fait de leur position géographique, les élèves de Corcelles et Crémines, qui passeraient tous les jours à Grandval pour se rendre à Moutier, pourraient dès lors être tenus de poursuivre leur scolarité en terre bernoise. Sur ce point, l'incompréhension demeure parmi les participants à la séance d'information, à l'image de cette habitante du village, mère de deux enfants qui s'exclame « On nous avait pourtant clairement garanti que ce serait du ressort des Communes et que le Canton n'interviendrait pas ! ". Une autre mère de famille ajoute « À quoi ça sert d'avoir voté en mars 2023 si le Canton ne respecte pas notre volonté ? » À cette dernière question, Aldo Dalla Piazza apporte quelques éclaircissements. « Je comprends la frustration mais je rappelle qu'on n'a jamais fait voter personne sur des solutions pour lesquelles ils n'avaient pas la compétence de décision ». Et d'ajouter « On a fait voter en 2023 pour que les autorités locales puissent s'avoir comment s'orienter, maintenant on est face au résultat de ce travail et il faut trancher sur ce qu'on va faire à l'avenir ».
« Nous sommes des dommages collatéraux de la décision de Moutier »
Carole Ristori, maire de Crémines
Frustration des autorités
De son côté, la maire du village, Carole Ristori, ne cache pas une certaine déception quant à ce retournement de situation de la part du canton de Berne. « On nous a conseillé de suivre le verdict des urnes du 12 mars 2023, ce que nous avons fait parce qu'on estime que si les gens votent, ce n'est pas en vain, et au final on constate que les règles du jeu ont changé », confie-t-elle, tout en restant réaliste et pragmatique. « On n'a pas le choix, qu'on le veuille ou non, on est lié à la décision politique de Moutier de rejoindre le canton du Jura en 2026 ». Et de conclure, « finalement, nous sommes des dommages collatéraux de la décision de Moutier ».
Carole Ristori : « C'est un dossier sensible, comme toute la Question jurassienne »
Les citoyennes et citoyens de chaque commune devront donc se prononcer sur la question lors des Assemblées communales du mois de juin. Grandval votera en premier le 6, suivi par Belprahon le 12, Eschert le 13, Roches le 20, Crémines et Corcelles le 27, et enfin Elay le 28. /rme









