Mazan : une affaire française qui fait écho dans la région

51 hommes accusés, 200 faits recensés, une seule victime. Le procès des viols de Mazan s’est ...
Mazan : une affaire française qui fait écho dans la région

51 hommes accusés, 200 faits recensés, une seule victime. Le procès des viols de Mazan s’est ouvert le 2 septembre. Il interroge sur les violences envers les femmes.

Gisèle Pélicot à la sortie du tribunal d'Avignon. (Photo: Keyston) Gisèle Pélicot à la sortie du tribunal d'Avignon. (Photo: Keyston)

Une affaire française qui impacte au-delà des frontières. Le procès de Mazan a débuté le 2 septembre et s’étendra jusqu’au 20 décembre prochain. 51 hommes sont accusés d'avoir violé la même femme, Gisèle Pélicot, droguée à son insu par son mari. 200 faits sont recensés. Ils s’étendent sur une dizaine d’années.

Agnès von Beust est avocate au barreau et membre du comité de l’association biennoise Femmes en réseau. Pour elle, ce procès choque l’opinion publique par sa dimension: le nombre d’agresseurs, la fréquence des viols et le mode opératoire notamment.

L'affaire a lieu en France pour des faits qui se sont majoritairement déroulés à Mazan, un village du département français du Vaucluse. Bien que l'affaire soit hors norme, notre pays n'est toutefois pas épargné par ce type de violences selon Agnès von Beust: « En Suisse, on a aussi des viols, on a aussi des actes terribles qui sont commis. Cette affaire nous rappelle que ce ne sont pas des faits isolés ».

Agnès von Beust : « On a aussi des actes terribles qui sont commis en Suisse »

Faire évoluer les lois

La soumission chimique est un aspect mis en lumière par ce procès. Il s’agit d’administrer une substance psychoactive à quelqu’un, que ce soit sous la menace ou à son insu, comme pour la victime de l'affaire de Mazan Gisèle Pélicot, pour profiter de sa vulnérabilité.

Il faut noter qu'en Suisse, le code pénal couvre le principe d'incapacité de discernement et de résistance (art. 191 CP). Depuis le mois de juillet, c'est également le principe du « non, c'est non » qui prévaut. Un acte est désormais considéré comme un viol ou une atteinte sexuelle si la victime fait comprendre à l’auteur qu’elle n'est pas consentante. D’après Agnès von Beust, il faudra attendre un certain temps pour voir les effets de cette nouvelle loi.


Un manque de reconnaissance de la justice

Agnès von Beust espère que la médiatisation du procès des viols de Mazan renforce le soutien aux personnes touchées par ce type de violences. D'après l'avocate au barreau engagée notamment dans la défense des victimes d'infractions sexuelles, celles-ci manquent encore trop de reconnaissance face à la justice. Dans l'affaire de Gisèle Pélicot, de nombreuses preuves sont à l'appui, car les actes ont été filmés. « C'est rarement le cas dans les procès pour viols, car il s'agit de déclarations ou de faits déroulés dans l'intimité », déplore-t-elle.

Dans un tribunal ou même avant, lorsqu'une personne agressée décide de porter plainte, elle expose son intimité la plus totale devant un nombre incalculable de personnes. Pour Agnès von Beust, elle est souvent confrontée à une victimisation secondaire pendant un procès : « La réponse de la justice est difficile à encaisser, car le doute profite à l’accusé ». Une grande frustration pour l'avocate au barreau, ce qui ne l'empêche pas d'encourager les personnes concernées à dénoncer ces infractions pour « contrer les restes de patriarcat, présents depuis tant d’années ».

Agnès von Beust : « La réponse de la justice est difficile à encaisser, car le doute profite à l’accusé »

L'espoir de faire changer la honte de camp

La victime de l'affaire de Mazan a renoncé au huis clos. En rendant le procès public, Gisèle Pélicot a voulu que la société « tire des leçons de son histoire ». Un geste symbolique qui rejoint l'une de ses déclarations : « La honte doit changer de camp ». Une phrase reprise dans de nombreuses manifestations ce mois-ci pour lutter contre les violences faites aux femmes. Elle signifie que ce sentiment ne doit plus être du côté des victimes, mais du côté des agresseurs.

Cette honte dont elle parle, Agnès von Beust l'a ressentie très souvent chez les personnes qui ont été violées. « C’est une barrière énorme pour venir dénoncer son agresseur. Il n'y a pourtant aucune honte d'avoir été sous emprise ou de ressentir un dégoût pour ce qui est arrivé », ajoute-t-elle.

Agnès von Beust rappelle qu'il existe dans la région des organismes qui soutiennent les victimes : Solidarité Femmes ou le centre LAVI à Bienne par exemple. Les avocats peuvent aussi relayer leurs histoires en justice. Une aide qui peut aider à tourner la page. /ehe


Actualisé le

 

Actualités suivantes

Articles les plus lus