La réforme de l’école secondaire soulève des questions et des craintes

Le projet de nouvelle grille horaire pour le collège, qui pourrait entrer en vigueur dès 2026 ...
La réforme de l’école secondaire soulève des questions et des craintes

Le projet de nouvelle grille horaire pour le collège, qui pourrait entrer en vigueur dès 2026, a été mis en consultation dernièrement auprès du corps enseignant. Des nombreuses remarques et questionnements ont été renvoyés au Service de l’enseignement.

L'école secondaire jurassienne pourrait connaître de profonds changements ces prochaines années. (Photo : libre de droits) L'école secondaire jurassienne pourrait connaître de profonds changements ces prochaines années. (Photo : libre de droits)

La réforme de l’école secondaire I dans le Jura soulève de nombreuses interrogations et craintes au sein de l’enseignement. Le projet de nouvelle grille horaire pour le collège, que RFJ a pu consulter, a été mis en consultation dernièrement jusqu’à fin octobre auprès du corps enseignant. La dernière grille date de 1993 et a donc plus de 30 ans. La réforme entend mieux coller aux intérêts et projets professionnels des élèves en tenant compte des nouvelles réalités dues à l’évolution de la société. La première mouture présentée aux enseignants évoque une entrée en vigueur à la rentrée 2026. RFJ vous présente les principaux changements de la réforme et les principales questions qu’elle suscite.

Qu’est-ce qui va changer ?

L’un des grands objectifs pédagogiques de la réforme est de renforcer l’oralité des langues. On voit apparaitre par exemple 1h d’expression orale par semaine en français dans les cours communs en 10e et 1h d’expression orale en allemand dans les cours à niveau.

La nouvelle grille insiste aussi sur les activités créatrices et manuelles avec 1h de cours qui apparait dans le tronc commun pour tous les élèves en 9e. Mais globalement, les cours communs et cours à niveaux ne subissent pas de grande révolution.

C’est surtout la structure des cours à options qui se trouve chamboulée. Fini les « options 1 à 4 » telles qu’on les connaît actuellement, on distingue désormais les « options principales » des « options secondaires » :

  • Options principales : anglais, économie pratique, sciences humaines et sociales qui comprennent histoire et géographie, sciences de la nature. Ces quatre options seront réparties en groupe de niveau 1 et 2. Dans les faits, ce ne sont pas vraiment des « options », car elles seront communes à tous les élèves. On constate notamment l’enseignement de l’économie pratique désormais pour tous les élèves à partir de la 10e alors qu’il s’agissait d’une option à choisir auparavant.
  • Options secondaires : trois options possibles à choisir en fin de 9e entre activités créatrices, langues et civilisation et travaux pratiques de maths et sciences naturelles. Il n’y a ici plus de répartition par niveau et l’évaluation de ces options « n’est pas prise en compte pour la promotion » selon le projet présenté.

Au total, la nouvelle grille horaire perdrait 1h d’enseignement hebdomadaire, passant pour les élèves de 33h de cours à 32h par semaine.

De profonds changements pour certaines matières

Certaines matières disparaissent de la nouvelle grille horaire, telles que le latin et l’italien qui se trouvent remplacés par un nouveau cours intitulé « langues et civilisations » qui engloberait aussi l’espagnol et des notions de grec. Ce cours n’existe pas actuellement dans le Jura, son contenu reste donc à définir.

L’autre révolution touche le domaine des sciences où plusieurs matières se retrouvent réunies sous un nouvel intitulé. Dans le système actuel, on retrouve par exemple en options la distinction entre les mathématiques appliquées, le laboratoire de sciences et techniques ou encore les travaux pratiques de biologie. Tout cela se retrouve désormais sous une seule dénomination « TP maths & sciences naturelles » avec un volume d’heures enseignées réduit, notamment pour les classes de 9e et 11e.


De nombreuses craintes et questions au sein du corps enseignant

La phase de consultation qui s’est terminée fin octobre a donné lieu à énormément de remarques et de questionnements nous a confirmé le syndicat des enseignants jurassiens (SEJ) ainsi que le ministre en charge de la formation, Martial Courtet.

  • La disparition du latin et de l’italien. Ce n’est pas tant leur suppression de la grille horaire qui pose le plus de questions, mais plutôt le nouveau cours « langues et civilisations » qui interroge. Selon nos informations, il subsiste un immense « flou sur ce qui y sera enseigné » et la crainte d’une matière fourre-tout. La suppression, ou refonte, du latin suscite néanmoins un sentiment de « compréhension » au vu de la baisse croissante des effectifs, la latin n’étant d’ailleurs plus enseigné comme tel dans la majorité des cantons romands.
  • En sciences, la perte d’heures en options inquiète les milieux concernés qui craignent une « réduction de l’importance accordée au domaine scientifique ». Une interrogation subsiste sur la possibilité d’enseigner encore en demi-classe. En travaux pratiques, il parait difficilement envisageable de travailler avec du matériel scientifique de laboratoire à 25 élèves au lieu de 15.

Plus globalement, on s’interroge aussi dans l’enseignement sur :

  • L’évaluation des options secondaires qui ne comptent plus pour la promotion de l’élève. « Comment lui faire comprendre l’importance de la matière si ça ne compte pas ? »
  • Les diplômes qui seront requis pour enseigner les cours tels que langues et civilisations qui regroupent des anciennes matières.
  • Les conséquences de la diminution des heures d’enseignement et du regroupement de certaines matières. Y aura-t-il des réductions d’effectifs au sein du corps enseignant pour faire des économies ? « Ça va immanquablement arriver », lance un enseignant. Le corps pédagogique s’inquiète notamment pour ceux qui n’enseignent qu’une seule matière, d’autant plus si celle-ci est vouée à disparaitre.
  • La rapidité de la mise en œuvre de la réforme, avec une possible entrée en vigueur dès la rentrée 2026. Il faut y inclure le temps de former les enseignants aux nouveaux cours et créer des moyens d’enseignement. « Le délai est trop court voire pas réalisable pour faire quelque chose de bien », s’inquiète-t-on dans les milieux de l’enseignement.

Le corps enseignant attend désormais des réponses à ses nombreuses questions

Les enseignants ont pu répondre à la consultation collectivement et individuellement jusqu’à fin octobre, de même que s’entretenir avec leur direction d’école. Le syndicat et la fédération des parents d’élèves ont aussi pu se prononcer. Le Service de l’enseignement va désormais analyser ces différents retours et « la version finale de la réforme pourrait être fortement ajustée par rapport à la première mouture présentée » a confié à RFJ le ministre Martial Courtet, affirmant que « les avis des enseignants, par ailleurs assez tranchés, seront pris en considération ». Il dément par ailleurs toute pression politique et toute volonté de « passage en force ». /jpi


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