C’est un ouvrage qui a l’habitude de côtoyer les superlatifs. La Bible de Moutier-Grandval, exposée actuellement au Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont, grâce à un prêt exceptionnel de la British Library, est une œuvre monumentale, devenue une pièce de musée inestimable. C’est donc une vie en vitrine qui attend cet ouvrage, autrefois destiné à transmettre la parole de Dieu. Didier Berret, diacre et théologien, ne regrette pas le changement de statut de la Bible de Moutier-Grandval. « Je crois que toute forme d’art dit quelque chose de Dieu. Il est important que cet ouvrage si précieux soit protégé. On a accès à tout car il est disponible sur internet et le texte est facilement accessible. C’est un chef-d’œuvre, sa place est dans un musée. »
Un ouvrage monumental, porteur de spiritualité
La Bible de Moutier-Grandval est richement décorée, dotée de nombreuses pages illustrées et d’enluminures impressionnantes. Ce travail soigné de présentation servait aussi une dimension spirituelle, selon Didier Berret : « Elle a une portée spirituelle oui. On le voit à travers les calligraphies et les illustrations. On ne prend pas seulement le soin de recopier, mais on recopie pour que ce soit beau. On prend du temps pour faire bien. On veut rendre la parole de Dieu la plus belle possible. En termes liturgiques on veille à ce que le support soit beau. D’ailleurs les livres liturgiques sont plus beaux que ce que l’on utilise dans nos bureaux. On veut montrer que c’est la parole de Dieu, on ne la met pas sur du chiffon. Et cette beauté dit déjà quelque chose de la parole. »
Didier Berret : « On recopie pour que ce soit beau. »
L’opportunité de la traduction
Le texte de la Bible de Moutier-Grandval est en latin. Il s’agit donc d’une traduction. Passer d’une langue à l’autre est aussi une opportunité de modifier le texte, comme l’explique Didier Berret : « Quand Saint Jérôme traduit le texte au Ve siècle, il y a déjà le christianisme. Il est lui-même chrétien. Il va avoir tendance à relire certains textes de l’Ancien Testament et à “messianiser” certains récits. Par exemple, à la place du mot salut, il va souvent employer le mot sauveur, qui désigne directement Jésus sauveur. »
« À la place du mot salut, il va souvent employer le mot sauveur, qui désigne directement Jésus. »
Le support moins important que le message
À l’ère du numérique, on peut se demander si les livres sacrés sont toujours aussi nécessaires, ou si l’on peut désormais se contenter d’une version numérique, accessible sur son téléphone. Pour Didier Berret, tout est une question de sensibilité : « Formellement oui c’est la même chose, mais le contact physique avec le papier dit autre chose. On peut passer d’une page à l’autre plus facilement. Le téléphone donne accès à un certain nombre de versions et de passer d’une traduction à l’autre. » La Bible de Moutier-Grandval est exposée au Musée jurassien d’art et d’histoire à Delémont jusqu’au 8 juin. /tna









