Il y a 40 ans, le 29 mai 1985, 39 supporters de la Juventus meurent dans le stade du Heysel et plus de 600 autres personnes sont blessées. Témoignages poignants de Francesco Mauro et Carmine Feole, deux tifosi romands présents sur place lors de ce drame.
C’est l’une des tragédies les plus marquantes de l’histoire du sport international. Il y a exactement 40 ans, le 29 mai 1985, 39 personnes perdent la vie dans le drame du Heysel. La grande majorité des victimes étaient italiennes et toutes supportaient la Juventus qui affrontait Liverpool en finale de la Ligue des Champions de football.
Avant le match dans l'enceinte, la tension est vive entre les deux camps de supporters avec des provocations de part et d’autre. Puis des affrontements éclatent, provoquant un mouvement de foule incontrôlable. En voulant fuir les hooligans anglais, de nombreux tifosi se retrouvent coincés contre les barrières de sécurité de leur tribune. Dans la panique, ils sont écrasés et piétinés. Mal encadrée par la police et aggravée par l’état délabré du stade, cette émeute, outre les 39 morts, fait également plus de 600 blessés.
Une gestion sécuritaire « catastrophique »
Parmi les dizaines de milliers de fans de la Juventus qui s'étaient déplacés à Bruxelles, il y avait Carmine Feole et Francesco Mauro, actuels membres du Juventus Club Oltre Frontiera basé à Montreux. Francesco Mauro, habitant d'Yverdon, avait 23 ans à l’époque. Et au moment de descendre du car avec d’autres supporters venus de Suisse, rien ne présageait que cette journée allait virer au cauchemar. « Durant l’après-midi, c’était bon enfant. J’ai fait des photos et bu des bières avec des Anglais. Jamais on n’aurait pu croire ce qui allait se passer », explique Francesco Mauro. « Mais ensuite, la rentrée dans le stade a été un calvaire. On était entassé comme des moutons et le stade était dans un très mauvais état. »
Ce jour-là, plus de 60'000 spectateurs ont pris place dans le Heysel, dont une grande majorité d’Italiens. Les fans de Liverpool sont massés dans un virage. La partie voisine, le bloc Z, devait être occupée par des Belges neutres, mais de nombreux billets sont revenus en main des supporters bianconeri. « Et d’un coup, on voit les Anglais envahir le secteur de la Juve, et là on n’a plus rien compris, tout est parti en live », relate Francesco Mauro.
Francesco Mauro : « On n’était pas sûr qu’il y avait des morts. »
« Un truc qui reste à vie »
Carmine Feole a également vécu l’horreur de l’intérieur. Tout comme Francesco Mauro, cet habitant d’Aigle avait 23 ans au moment des faits et était présent dans le virage des ultras de la Juventus. Il relève « la mauvaise gestion de la police qui nous matraquait. Une organisation plus que nulle. » Lui aussi assiste impuissant au déferlement de violence qui se produit de l’autre côté du stade. « J’ai vu les Italiens se faire attaquer, reculer, reculer, jusqu’à l’effondrement de ce mur. » Sans informations quant aux nombreuses personnes qui ont péri, le match se déroule « normalement », explique-t-il. En rentrant à l’hôtel après le match à 2h du matin, Carmine Feole a pu téléphoner à sa famille « pour la rassurer ». C’est alors qu’il a commencé à comprendre le drame qui s’était joué au Heysel.
Carmine Feole : « Les jours qui ont suivi, je me suis senti très très mal, cela a été un choc très fort. J’ai eu de la peine à m’en remettre, je travaillais en pleurant. »
« Un massacre a été évité »
Certaines voix se font encore entendre aujourd’hui pour dire que cette finale aurait dû être renvoyée. Ce n’est pas l’avis de Francesco Mauro. « Si le match ne s’était pas joué, cela aurait été un massacre. Le fait de l’avoir disputé à apaiser les tensions. »
Francesco Mauro : « Quand j’ai lu dans les journaux que la moitié de l’Italie avait fait la fête pour les 39 morts, j’ai eu la haine. »
« Une coupe sans valeur »
Le résultat a été totalement relégué au second plan, mais la Juventus a remporté la finale 1-0 et soulevé pour la première fois de son histoire le trophée. Mais pour Carmine Feole, « il y a un rejet total de cette coupe. Personnellement, elle n’existe pas, elle ne compte pas. La seule chose que je pourrais dire, c’est qu’elle est dédiée à ces pauvres personnes décédées dans ce qui aurait dû être une fête. »
Une cérémonie de commémoration et un hommage aux 39 supporters de la Juventus décédés le 29 mai 1985 se tiennent ce jeudi dès 16h au stade Roi Baudoin, nom qui a supplanté le Heysel. /jpp











