Elle retrace un triste chapitre de l’histoire suisse. L'exposition « Placés. Internés. Oubliés? » a été inaugurée la semaine passée par le conseiller fédéral Beat Jans. Jusqu'au 15 mars, le Musée historique de Lausanne propose au public de se pencher sur les mesures de coercition à des fins d'assistance. Commandée par l'Office fédéral de la justice (OFJ), l'exposition s'inscrit dans le programme de la Confédération « Se souvenir pour l'avenir ». Elle met en lumière les injustices subies par plus de 100'000 victimes, ainsi que le long processus de mémoire et de reconnaissance entrepris. Elle pose aussi la question de la réparation et de comment éviter la reproduction de telles injustices.
Lors de l'inauguration, Beat Jans, chef du Département de justice et police (DFJP), s'est adressé aux victimes : « Beaucoup d'entre vous ont considéré les autorités et les institutions comme des ennemis et ont perdu toute confiance en elles, à juste titre (...) L'Etat, les autorités et la société de l'époque ont failli à leur devoir. Ils ont exclu et détourné le regard ». « Nous ne pouvons pas effacer les souffrances et les injustices subies. Mais nous pouvons les rendre visibles et les reconnaître (...) Le fait que cette exposition itinérante existe aujourd'hui et que nous puissions l'inaugurer ensemble témoigne de votre force et de votre courage », a-t-il souligné dans son discours.
Polyphonie de récits de vie
Le début du parcours donne justement la parole aux personnes concernées qui se sont battues pour la reconnaissance et la réparation de leurs souffrances. Il prend la forme d'un collage audiovisuel issu d'archives télévisées. Un mémorial sous forme d’archives permet de saisir l'ampleur de ces mesures : des centaines de tiroirs symbolisent les victimes. Certains sont ouverts et contiennent des biographies détaillées, invitant à une rencontre digne et à une réflexion personnelle.
Les récits de vie sont intégrés dans des installations informatives qui contextualisent les différentes mesures, leur cadre juridique et le paysage institutionnel suisse. L'exposition met également en lumière des voix critiques d’époque (médias, politique, culture) concernant les dysfonctionnements institutionnels.
Puis, une chronologie retrace les étapes importantes du travail de mémoire politique et scientifique, qui a débuté avec les excuses officielles du Conseil fédéral en 2013 et se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Depuis 2017, une contribution de solidarité jusqu'à 25'000 francs par victime à titre de réparation de la part de l'Etat a été prévue. L'exposition rappelle que l'histoire de ces coercitions a des répercussions contemporaines et que le travail de mémoire est un processus social et politique toujours en cours.
Pauvreté et ordre social
Pour mémoire, pendant des décennies, du XIXe siècle jusqu'en 1981, les autorités suisses ont profondément bouleversé la vie de centaines de milliers de personnes en recourant à ces « mesures de coercition à des fins d’assistance et à des placements extrafamiliaux ». Les mesures étaient imposées au nom de l'assistance, mais en réalité, elles causaient souvent d'immenses souffrances.
L'objectif était de lutter contre la pauvreté et de faire régner l'ordre social. Les mesures ont visé des enfants, des adolescents et des adultes. Ils ont été placés dans des foyers, des familles d'accueil et des exploitations agricoles ou ont été internés dans des institutions. Ces personnes - ainsi que leurs proches - ont été privées de leurs droits fondamentaux par l'Etat.
Multiples violences
Elles ont été victimes de violences psychologiques, physiques et sexuelles extrêmes, ont souffert de la faim, ont été négligées sur le plan sanitaire ou ont été exploitées à des fins économiques, a rappelé le conseiller fédéral.
Les avortements forcés, les stérilisations forcées et les traitements médicaux ou psychiatriques forcés faisaient également partie des interventions pratiquées dans le cadre de ces mesures. En tant que minorités persécutées, les Yéniches et les Sintis ont, eux aussi, été fortement touchés. /ATS









