Les gouvernements romands contre la baisse de la redevance SSR

Les gouvernements cantonaux de Suisse occidentale se disent fermement opposés à l'initiative ...
Les gouvernements romands contre la baisse de la redevance SSR

 La conseillère d'État genevoise Nathalie Fontanet, le ministre jurassien Stéphane Theurillat et la présidente du Conseil d'État vaudois Christelle Luisier Brodard ont défendu le « NON » à l’initiative « 200 francs, ça suffit! », ce lundi. (Photo : ARC photo/Jean-Bernard Sieber.)

Les gouvernements cantonaux de Suisse occidentale se disent fermement opposés à l'initiative « 200 francs ça suffit! », visant à réduire le montant de la redevance SSR. Ils craignent des conséquences disproportionnées pour les minorités linguistiques.

La SSR est un « vecteur général de cohésion nationale et de diversité culturelle », elle « ne se limite pas à de la production d'informations, mais construit des ponts entre les régions, les cantons, avec les Suisses de l'étranger et à l'international », a déclaré la conseillère d'Etat genevoise Nathalie Fontanet, lundi, devant les médias à Lausanne.

L'élue PLR était accompagnée de la présidente du Conseil d'Etat vaudois, Christelle Luisier Brodard, et du ministre jurassien Stéphane Theurillat, tous trois membres de la Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale (CGSO). Au nom de cet organe qui réunit les cantons de Berne, Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Vaud et Valais, ils ont dit redouter les conséquences de l'initiative sur les emplois et l'économie de la Suisse occidentale.

 

Effectifs romands deux fois plus menacés

Selon une étude réalisée sur mandat de l'Office fédéral des communications, le texte pourrait avoir comme effet une baisse de 33% des effectifs de la SSR en Suisse alémanique. En Suisse romande, l'impact serait presque deux fois plus fort, avec 60% des effectifs menacés, a souligné Stéphane Theurillat. « Une centralisation autour de Zurich est à prévoir », a-t-il précisé. Cela aurait des conséquences négatives pour les starts-ups et sociétés de production indépendantes qui collaborent régulièrement avec la SSR.

La CGSO s'est également inquiétée des menaces pesant sur la pluralité et la qualité de l'information. Actuellement, la SSR compte quatre sociétés régionales et des rédactions autonomes dans chaque région linguistique. Elle propose des émissions dans les quatre langues nationales et compte des sites de production décentralisés, notamment à Sion, Fribourg, Moutier ou encore Delémont. « Le service public soutient activement le débat public et contribue à sa qualité », a estimé Christelle Luisier-Brodard.

 

Pas de compensation possible

Elle a souligné que grâce au mécanisme de péréquation financière, les cantons romands pouvaient pour l'heure compter sur 115 millions de redevance supplémentaires. « Il y a une redistribution très forte de la Suisse alémanique vers la Suisse romande, c'est un élément fondamental de la cohésion nationale ». Si l'initiative était acceptée, « à aucun moment les cantons ne vont pouvoir compenser cela », a-t-elle prévenu.

Nathalie Fontanet a pour sa part attiré l'attention sur la dimension internationale de la SSR, notamment grâce à la plateforme Swissinfo, destinée aux 800'000 Suisses de l'étranger. « Les articles traduits dans dix langues atteignent un public bien plus large et permettent de mieux faire connaître les spécificités de notre démocratie directe et de mettre en valeur nos organisations internationales. »

 

Mauvais calcul

Concrètement, l'initiative demande la réduction de la redevance radio/télévision à 200 francs ainsi que la suppression totale de la redevance pour les entreprises. Aujourd'hui, la redevance s'élève à 335 francs par ménage et par an et passera à 300 francs par an d'ici 2029.

L'initiative permettrait donc aux ménages d'économiser 100 francs par an. Mais selon la CGSO, il s'agit d'un mauvais calcul. En effet, la SSR diffuse par exemple des compétitions de ski et des matches de foot qui sont donc accessibles gratuitement à toute la population. Une redevance moins élevée risquerait d'impacter cette offre. « Si la SSR doit renoncer à diffuser ces compétitions, il faudra passer à un abonnement privé à 20 ou 30 francs par mois. En mettant les avantages et les inconvénients dans la balance, on sera perdant » a pointé Stéphane Theurillat.

Stéphane Theurillat : « Le canton du Jura au même titre que d’autres cantons périphériques, a besoin de cette proximité avec les médias . »

Combattue par le Conseil fédéral et le Parlement

Les partisans de l'initiative font pour leur part valoir que si le texte était accepté, cela obligerait la SSR à se recentrer sur sa mission première, à savoir l'information dans toutes les langues nationales. Ils avancent également l'argument que la population suisse paie aujourd'hui l'une des redevances audiovisuelles les plus élevées au monde, ce qui n'est plus supportable en raison de l'augmentation du coût de la vie.

Tant le Conseil fédéral que le Parlement rejettent l'initiative, tout comme les partis de gauche et du centre (PS, Verts, Vert'libéraux, le Centre). L'UDC est majoritairement en sa faveur, ainsi qu'une faible majorité du PLR. /ATS

 

Actualités suivantes

Articles les plus lus