Il y a 20 ans, la Boillat se mettait en grève pour la deuxième fois en moins de deux ans à Reconvilier. Des journalistes de toute la Suisse ont couvert les événements, mais c’est ici, dans la région, que la presse a été la plus active. Des centaines d’articles dans les journaux locaux, des sujets diffusés tous les jours sur les ondes : un travail colossal.
La jeune rédaction de RJB s’est particulièrement investie en 2006 pour rendre compte de cette crise exceptionnelle, et surtout d’un mouvement d’une ampleur sans commune mesure. François Comte était à la tête de l’équipe de RJB, le souvenir de ces événements est encore puissant. « Ces gens se battaient pour leur outil de travail, aussi parce qu’ils aimaient leur travail. »
François Comte : « Ces gens n’étaient pas des révolutionnaires dangereux. »
Philippe Oudot, ancien co-rédacteur du Journal du Jura, a été l’un des journalistes les plus engagés dans ce dossier. Il confirme cet amour des ouvriers de la Boillat pour leur métier, leur savoir-faire. Il rappelle surtout que la grève n’a jamais été une question de revendication salariale.
Philippe Oudot : « Ils voulaient seulement sauver leur outil de travail. »
Le travail des ouvriers était apprécié, reconnu, leur réputation n’était plus à faire, de quoi susciter un énorme élan de solidarité. Philippe Oudot se souvient de toute une région unie derrière l’un de ses fleurons industriels.
Philippe Oudot : « Tout le monde était consterné par ce qu’il se passait. »
La communauté « Boillat » était énorme, diverses : les ouvriers, les cadres du site de Reconvilier aussi, les clients, les partis politiques. François Comte en est encore fasciné.
François Comte : « Pas de gauche ou de droite, d’antiséparatistes ou d’autonomistes. »
En tant que journaliste, la mission était complexe : conserver son objectivité dans un contexte immensément émotionnel, humain, où le sentiment d’injustice était puissant. Vingt ans après, François Comte est encore profondément ému, par exemple lorsqu’il se remémore une cérémonie œcuménique organisée au sein même de l’usine 1.
François Comte : « On voyait des ouvriers qui pleuraient. »
Nous sommes en 2026, Swissmetal a pu maintenir son site de Reconvilier après des années de doute et de multiples changements de gouvernance. Mais plus rien n’est comme avant, regrette Philippe Oudot, lui aussi encore touché par ces événements. « Il est bien que les activités continuent, mais voilà, de manière réduite. Et c’est dommage. »
Philippe Oudot : « Ce site industriel n’est plus que l’ombre de lui-même, et ça fait mal au ventre. »
Resteront ces souvenirs impérissables, ces anecdotes aussi croustillantes parfois, comme lorsqu'un tout jeune journaliste de RJB, Alexandre Mischler, avait assisté à une séance du personnel pourtant interdite aux médias... caché sous un camion. Où quand Philippe Oudot s'était empressé d'acheter une seule et unique action Swissmetal pour pouvoir entrer à l'assemblée des actionnaires. Pour les journalistes locaux actifs au début des années 2000, la saga « Boillat » restera gravée à jamais. /oza
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