Quand « la Boillat » était en grève (3/4) : un élan de solidarité qui a marqué les esprits

Le 25 janvier 2006, à Reconvilier, les employés du groupe métallurgique Swissmetal Boillat ...
Quand « la Boillat » était en grève (3/4) : un élan de solidarité qui a marqué les esprits

Le 25 janvier 2006, à Reconvilier, les employés du groupe métallurgique Swissmetal Boillat se mettaient en grève pour la seconde fois en moins de deux ans. Un mouvement social qui a suscité beaucoup de solidarité.

Pierre-Yves Emery est encore en possession de la pancarte qu’il a brandi il y a 20 ans lors de la manifestation à Berne. On y voit son visage avec le mot « licencié » en allemand. Pierre-Yves Emery est encore en possession de la pancarte qu’il a brandi il y a 20 ans lors de la manifestation à Berne. On y voit son visage avec le mot « licencié » en allemand.

Il y a 20 ans, la Boillat faisait grand bruit. Fin janvier 2006, les collaborateurs de Swissmetal Boillat étaient en grève à Reconvilier, pour la seconde fois en moins de deux ans. En cause ? Des collègues licenciés et le refus d’un démantèlement de leur usine au profit de celle de Dornach. Ce mouvement social a pris rapidement de l’ampleur.

Pierre-Yves Emery : « Nous n’avons pas eu gain de cause mais je ne regrette rien, s’il fallait refaire, je referais. »

Pendant un mois, les employés continuent à venir sur leur lieu de travail : ils n’y vont pas pour travailler mais pour faire grève. Pierre-Yves Emery l’a vécu de l’intérieur, lui qui a occupé la fonction de président de la commission des employés de la Boillat, avant de se faire licencier. Les grévistes occupaient les bâtiments pour ne pas que les membres de la Direction s’emparent des locaux : «On vivait dans la peur et l’insécurité, mais sur place, c’était un vrai campement, un endroit de retrouvaille. »


Solidarité des quatre coins de la Suisse

Dans la région et ailleurs, des actions de solidarité ont émergé. À l’instar du collectif Femmes en colère, constitué d’une quinzaine de personnes. À l’époque, Roubina Kouyoumdjian était membre de ce groupe de soutien. Marches silencieuses, interpellations de politiciens, soupe populaire : avec le recul, elle se souvient d’une action en particulier, celle où elles ont rencontré à Berne Martin Hellweg, CEO de l’entreprise.

Roubina Kouyoumdjian : « L’une d’entre nous a dit : je suis là aujourd’hui afin de voir à quoi ressemble quelqu’un qui fait du mal. »

Les artistes Manu Kummer et Laurent Steulet créent, eux, un CD pour récolter de l’argent pour les fonds de grève de la Boillat. Ils se produisent aussi sur scène, comme le 8 avril 2006 lors d’une manifestation à Berne, sur la Place fédérale. Laurent Steulet revient sur ce moment fort en émotions : «C’était une chance, mais il fallait avoir les reins solides, on a joué devant des milliers de personnes.»

Laurent Steulet : « On était un duo sur scène et tout d’un coup on a vu arriver cette marée humaine, c’était génial. »

L’élan de solidarité s’est aussi traduit financièrement : plus d’un million de francs ont été récoltés pour les ouvriers de la Boillat. Grâce à ces fonds, pendant la seconde grève de 30 jours, tous ont pu toucher au moins 80% de leur salaire. /ehe

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