Sac de nœuds à démêler dans une agression au couteau

Le Ministère public jurassien requiert six ans et demi de prison contre un homme accusé d’avoir ...
Sac de nœuds à démêler dans une agression au couteau

Le Ministère public jurassien requiert six ans et demi de prison contre un homme accusé d’avoir grièvement blessé le plaignant en janvier 2025 aux abords du centre fédéral d’asile de Bure. Le prévenu nie être l’auteur des coups dans cette affaire où les faits sont confus.

Le jugement sera rendu jeudi après-midi. (Photo d'illustration). Le jugement sera rendu jeudi après-midi. (Photo d'illustration).

C’était il y a un an, en janvier 2025, aux abords du centre fédéral d’asile de Bure. Une altercation entre résidents s’était soldée par des coups de couteau avec une victime grièvement blessée au cou. Ce mercredi, six ans et demi de prison et l’expulsion du territoire suisse durant 10 ans ont été requis devant le Tribunal pénal de Porrentruy à l’encontre de l’auteur présumé pour tentative de meurtre alors que d’autres infractions de vol, tentative de cambriolage et infraction à la loi sur les stupéfiants sont venues épaissir le dossier. Mais la justice jurassienne va devoir démêler un sacré sac de nœuds avant de rendre son jugement jeudi après-midi, tant les circonstances restent confuses.


La défense plaide l’auto-agression... mais appelle un témoin qui désigne un autre auteur

Tout part de cette altercation impliquant cinq résidents du centre d’asile qui dégénère à un arrêt de bus à Bure. Une victime, le plaignant, reçoit plusieurs coups de couteau, dont un au cou. Il s’en sortira avec une blessure pénétrante de plus de 4cm située dans une zone vitale. Mais qui a porté ces coups de couteau ? C’est tout le nœud de l’affaire. Le plaignant désigne le prévenu le jour des faits. « Je vous jure que ce n’est pas moi qui l’ai frappé », répète cependant l’accusé devant les juges. « Je l’ai vu de mes propres yeux faire le geste et se frapper lui-même », lance le prévenu qui affirme que le plaignant, qui avait aussi un « couteau blanc » s’est auto-agressé. Mais la défense fait aussi témoigner un codétenu qui affirme qu’un autre résident présent ce jour-là lui aurait confié en prison être l’auteur des coups. Problème, ce témoin est suspecté de collusion en prison pour avoir organisé un appel téléphonique entre un détenu et une personne extérieure afin de bâtir une version commune favorable au prévenu. « On ne sait plus où on en est », résume le procureur qui ne croit pas une seconde à ces différentes versions et soulève les nombreuses contradictions dans les déclarations du prévenu, comme dans celles de ce témoin appelé à la barre.


« Le prévenu souhaitait la mort du plaignant » au vu des blessures

Le Ministère public ne croit pas à l’auto-mutilation pour une blessure qui aurait pu coûter la vie au plaignant ni à la thèse de l’autre auteur. Les différentes déclarations, le déroulement des faits, le sang de la victime sur le « couteau rouge » attribué au prévenu le désignent, selon le procureur Laurent Crevoisier, comme l’auteur des coups portés dans une zone possiblement fatale. « Le prévenu souhaitait la mort du plaignant qui ne doit sa survie qu’à la chance », estime le procureur. La défense s’est, elle, offusquée des « sanctions extrêmes » demandées dans un dossier où « les témoignages de tous les protagonistes sont contradictoires ». Me Theurillat relève par ailleurs « l’absence d’éléments forensiques » permettant d’incriminer son client, aucune trace ADN ne permettant de lui attribuer la propriété de l’un des couteaux, pas plus que les traces de sang n’accréditent davantage l'une des thèses. La défense demande l’acquittement pour la tentative de meurtre et 5 mois de prison pour les autres infractions. /jpi


 

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