Michaël Ferreira : entre grande humilité et critique de l’ordre établi

Le parcours de vie de Michaël Ferreira est pour le moins unique. Enfant, il est victime d’abus ...
Michaël Ferreira : entre grande humilité et critique de l’ordre établi

Le parcours de vie de Michaël Ferreira est pour le moins unique. Enfant, il est victime d’abus sexuel de la part du prêtre qui l’avait baptisé. Après des années difficiles, il a aujourd’hui retrouvé la foi en Dieu, auprès de l’Église protestante. Témoignage.

Michaël Ferreira a, aujourd'hui, rejoint les rangs de l’Église protestante.(Photo : illustration) Michaël Ferreira a, aujourd'hui, rejoint les rangs de l’Église protestante.(Photo : illustration)

« Je remercie le seigneur de ne pas m’avoir lâché ». À seulement 36 ans, Michaël Ferreira a l’attitude calme des êtres qui ont déjà vécu une vie entière. Et c’est presque le cas, car à l’évocation de son parcours, il y a de quoi avoir le tournis. Après avoir subi, enfant, des abus sexuels au sein de l’Église catholique et des années d’errances, il a retrouvé la foi en Dieu. Un parcours singulier qu’il regarde avec absolution et surprenante bienveillance.

Le Chaux-de-Fonnier a été élevé dans une famille très attachée à la religion catholique. Son grand-oncle est prêtre, une fonction qui produit rapidement la fascination du petit garçon. « Je trouvais impressionnant qu’un homme puisse être aussi près de Dieu, en contact et en communion avec lui », se souvient Michaël Ferreira. Cette fascination est pourtant paradoxale. En effet, de ses 5 à ses 13 ans, ce dernier est victime d’abus sexuels de la part de ce grand-oncle, lui-même qui l’avait baptisé. « Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu survire à cette fracture », évoque le Chaux-de-Fonnier. Quand il se rappelle son enfance, non sans peine, l’homme explique ne pas avoir été conscient de la gravité de ces actes : « Ça a commencé lorsque j’étais très jeune. » Seulement, au début de l’adolescence, Michaël Ferreira sent le besoin de s’éloigner de sa paroisse.

Michaël Ferreira : « J'ai dit à mes parents que je ne voulais plus aller à l'Église. » 

Cette période de descente aux enfers est faite d’addictions, de perditions et même d’infractions aux lois des Hommes et de celle de Dieu. Un moyen pour Michaël Ferreira d’anesthésier, pour un temps, sa souffrance. Pourtant, quelques années plus tard, son regard se tourne à nouveau vers Christ. Difficile pour l’homme de foi de définir le moment exact de son envie de rédemption. Il garde toutefois en tête une rencontre, qui a changé sa vie. « Un ami de longue date, qui était chrétien, m’a dit un jour en voyant que j’étais au plus mal : « Je crois qu’il faut que tu viennes avec moi à l’Église, et ça a été révélateur », se souvient Michaël Ferreira avec émotion. Alors qu’il est chrétien, le Chaux-de-Fonnier va finalement se dévouer à l’Église protestante. Un choix qui s’est imposé à lui naturellement.

« Il est clair que, de par ce que j'ai vécu au sein de l'Église catholique, je ne pouvais pas y retourner. » 

C’est donc aujourd’hui le protestantisme qui convient le mieux à Michaël Ferreira : « Je réalise maintenant que Dieu ne m’a jamais quitté. »

Un nouveau départ qui questionne au sein des Églises.

Au cours de son parcours d’étude de la religion, les questions affluent dans l’esprit du Chaux-de-Fonnier. Notamment concernant son baptême qu’il a reçu nourrisson, de la part du prêtre qui l’a, par la suite, agressé. « Je n’arrivais pas à vivre en paix en voyant les photos de mon baptême. Les abus sexuels étaient collés à ce geste », explique Michaël Ferreira. Lui vient alors le besoin d’effectuer une nouvelle cérémonie. L’EREN (l’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel) le lui accorde. Un fait extrêmement rare, à tel point qu’il ne peut pas être nommé. « Il n’y a rien dans les écrits bibliques qui parle de "re-baptême" ou de "baptême de réconciliation". On est hors case », tient-il à préciser. L'homme de foi ajoute vouloir s’excuser auprès de ses frères et sœurs chrétiens qui pourraient ne pas comprendre.

« Est-ce qu'il a fait ce baptême en bonne et due forme ? »

Cet acte remet en question les fondements du baptême selon l’Église. Une secousse des principes qui, d’une part, rend heureux Michaël Ferreira, mais qui l’attriste d'une autre : « J’en suis désolé, car on bouscule des choses qui étaient encrées depuis bien longtemps. » Une motion a même été déposée au Synode afin de proposer une réflexion sur cet ordre établi. « Je ne pensais pas que ça en arriverait là », ajoute le Chaux-de-Fonnier. « Mais je trouve que c’est important et qu’il faut vivre avec son temps. Ce n’est pas mauvais de remettre certaines choses en question, surtout si cela peut amener une réconciliation à quelqu’un. », affirme-t-il.

Réconcilié avec sa foi, Michaël Ferreira regarde aujourd’hui son parcours avec beaucoup d’humilité. « Je remercie Dieu et les gens qu’il a mis sur mon chemin », ajoute-t-il, en affirmant être assez confiant, en remettant le reste de sa route au Seigneur. « Je pense qu’il y a, tout comme moi, des personnes qui se remettent en question par rapport à la religion, l’Église, son fonctionnement… Mais je pense qu’en fait c’est assez simple. Essayons d’aimer son prochain et d’être en paix avec Christ », termine Michaël Ferreira, les deux mains jointes. /crb


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