La nature suisse s’apprête à dévoiler l’un de ses plus étonnants spectacles : la migration des amphibiens. Entre la mi-février et la fin mars, des millions de grenouilles, crapauds et tritons entreprennent un périlleux voyage pour rejoindre leurs lieux de ponte à travers tout le pays.
Dès que les températures nocturnes augmentent et que la météo devient pluvieuse, des millions d’amphibiens sortent de leur léthargie hivernale en forêt. Si en plaine, la migration a déjà démarré, elle commence à peine en altitude, comme à Bellelay. Des bénévoles se sont donné rendez-vous en fin de semaine dans le village pour installer des barrages à amphibiens temporaires. L’objectif : réduire la mortalité des batraciens et qu’ils arrivent à bon port pour pondre.
Pour cela, des barrières ont été installées et des seaux ont été enterrés. Le haut du récipient arrive au ras du sol. « Ils ont une route migratoire qui est plus ou moins en ligne droite. A chaque obstacle, ils vont essayer soit de l'escalader, soit de le contourner et comme ils ne peuvent pas escalader ces barrières. En contournant les barrages, ils vont tomber dans les seaux et donc comme ça ils sont tous concentrés à un endroit », explique Gauvain Saucy, responsable de la pose et des relevés des barrages amphibiens à Bellelay pour l’association La Libellule. La migration se passant principalement la nuit, un bénévole viendra chaque matin relever les seaux et leur fera traverser la route en toute sécurité.
Reportage à Bellelay
Chaque année, la pose de ces barrages permet de faire traverser entre 2’000 et 6’000 amphibiens.
L’installation de barrières n’est pas la seule mesure que les amoureux des amphibiens ont dû réaliser dernièrement. Il a notamment été question de l’étang du Domaine à Bellelay qui a dû être asséché.
Gauvain Saucy : « C'était une tâche nécessaire en raison des poissons. »
Pro Natura Suisse rappelait, dans un communiqué à la mi-février, que la disparition des milieux naturels adaptés a de graves conséquences pour les amphibiens. « En un siècle et demi, plus de 90% des zones humides de Suisse ont été asséchées ou bétonnées. Chaque aire de frai a perdu en moyenne une espèce et 79% des espèces indigènes sont désormais sur liste rouge », écrivait l’organisation. Pro Natura relève toutefois des signaux positifs : depuis dix ans, cette chute a pu être ralentie ou jugulée dans certaines régions. /sbo










