Printemps précoce : le « grand dérèglement » de la faune et de la flore

Si les températures clémentes pour la saison enchantent les amateurs de terrasse, il en va ...
Printemps précoce : le « grand dérèglement » de la faune et de la flore

Si les températures clémentes pour la saison enchantent les amateurs de terrasse, il en va autrement de la nature. Insectes, oiseaux et fleurs souffrent d'une désynchronisation liée au dérèglement climatique. 

Daniel Ston est le président de la société neuchâteloise d'entomologie. Daniel Ston est le président de la société neuchâteloise d'entomologie.

Les températures de ce début de mois de mars ont été particulièrement douce pour la saison : il est même déjà possible d’apercevoir des abeilles, non loin des étendues où les fleurs éclosent. Mais si cette situation réjouit les humains, il en va autrement de la faune et de la flore.

« Les insectes dépendent beaucoup de la température, plus vite il fait chaud, plus vite certains insectes sortiront d’hibernation », explique Daniel Ston, biologiste et président de la société neuchâteloise d’entomologie. Si le décalage des saisons est déjà perceptible depuis plusieurs années, l’expert observe néanmoins « une succession d’évènements de plus en plus extrêmes : il fait très chaud et très sec pendant une longue période, puis toute la pluie et l’humidité arrivent soudainement. » Des phénomènes qui se révèlent fatals pour certaines espèces.

Les insectes sont des piliers de l’écosystème. Ils pollinisent, servent de source de nourriture et de pesticide naturel : « On ne connait pas exactement les conséquences si l’on déséquilibre tout ça. Cela risque d’avoir des répercussions difficilement calculables », souligne Daniel Ston.

Daniel Ston : « Si après une belle sécheresse qui a réveillé tous les insectes, on retourne au froid et à l’humidité pendant quelques semaines, ça peut tuer énormément d’insectes. » 

Autre problème : en sortant d’hibernation de manière précoce, les insectes n’auront pas nécessairement les fleurs dont ils ont besoin pour se nourrir. « Il y aura des gagnants et des perdants », précise le spécialiste. « Les températures vont réussir à certaines espèces, davantage liées au chaud, mais pour d’autres cela sera plus difficile. »

Prenons l’exemple d’une espèce d’abeille qui dépendrait d’un type de fleur en particulier pour se nourrir : « Alors normalement le pic d’émergence de cette abeille devrait correspondre au pic de présence de la fleur en question, pour que les ressources à disposition soient maximisées. Mais si le pic de la fleur arrive au moment où les abeilles sont sur la pente descendante... et bien c’est là qu’on commence à avoir des problèmes », développe Daniel Ston.

« Généralement la nature est bien faite et les espèces s’adaptent entre elles. » 

Les insectes sont loin d’être les seuls affectés par ce décalage. C’est tout l’écosystème qui en souffre. Les oiseaux, par exemple, se calquent pour leur part sur la durée de la lumière du jour pour entamer leur nidification. Leur période de reproduction est donc stable, elle ne dépend pas de la température. Néanmoins, la naissance des oisillons devrait naturellement correspondre au pic de présence des insectes et l’avancement du pic de présence de ces derniers complique la croissance et la survie des nouvelles générations d’oiseaux, explique Chloé Pang, porte-parole de la station ornithologique suisse. /raf


 

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