Travailler pour beurre !

Un travail qui ne rapporte rien. C’est ainsi que Dominique Laville définit son exploitation ...
Travailler pour beurre !

Les vaches de Dominique Laville Les vaches de Dominique Laville passent peut-être leurs derniers mois dans cette étable.

Un travail qui ne rapporte rien. C’est ainsi que Dominique Laville définit son exploitation laitière. Ce père de famille de 50 ans est agriculteur à Chevenez. Il possède une centaine de vaches qui produisent plus d’1 million de litres de lait par an. Mais depuis quatre ans, le prix du lait baisse. Cette situation a assez duré, « cette activité n’en vaut plus la peine », selon Dominique Laville.

Après réflexion, ce très grand producteur pense cesser cette activité au printemps. À moins que le prix du lait n’augmente, mais il n’y croit plus. À l’heure actuelle, il vend le litre de lait 52 centimes, ce qui permet de couvrir les frais d’investissement, les charges et le fourrage. Par contre, son travail n’est pas rémunéré. Une augmentation jusqu’à 70 centimes serait, selon lui, raisonnable, mais peu probable au vue de l’évolution récente.

 

« Cette annonce fait froid dans le dos »

 

La Chambre jurassienne d’agriculture (CJA) prend note de la décision de Dominique Laville. Le directeur, Michel Darbellay, craint que cette annonce ne décourage d’autres producteurs plus petits. Il estime que les économies d’échelle prônées par l’Office de l’agriculture ne suffisent plus. Même les très grandes exploitations n’arrivent pas à dégager une rémunération pour leur travail. Un prix du lait à 52 centimes se situe en-dessous des coûts de production, alors que le consommateur achète son litre à 1,25 CHF. La différence revient aux intermédiaires, aux transformateurs et aux distributeurs.

 

Les producteurs sont les seuls à pouvoir faire avancer cette problématique du prix du lait, selon le directeur de la CJA. Les exploitants doivent prendre eux-mêmes des mesures pour améliorer le marché. Michel Darbellay estime « qu’il y a une absence de volonté pour conférer des conditions cadres et pour gérer les quantités produites ». Il y a 36 fédérations d’agriculteurs en Suisse et c’est trop, selon lui. Et chacune tient un discours différent, entre libéralisation et protectionnisme. La MIBA, elle fait figure de bon élève.

 

La MIBA relativise

 

Dominique Laville est un des plus grands producteurs de la MIBA, la fédération des exploitations laitières du nord-ouest de la Suisse. Son gérant, Christophe Eggenschwiler, estime que la cessation des activités laitières n’est pas une tendance forte, même si le prix du lait a baissé depuis ces quatre dernières années. Plusieurs raisons expliquent cette situation, selon lui. Notamment, le retrait de l’Etat par l’abolition du contingentement laitier a conduit à une libéralisation des marchés. Christophe Eggenschwiler tient aussi à relativiser le cas de Dominique Laville. La Fédération du nord-ouest de la Suisse regroupe près de 1900 exploitations qui sont toutes différentes, soit au niveau de la taille, soit par rapport à la diversification des activités. La production moyenne se situe à 155'000 kilos de lait par an.

Le gérant de la MIBA estime que le cas du paysan de Haute-Ajoie est particulier, qu’il ne faut pas en déduire une généralité. La décision d’arrêter la production se base sur un calcul de rentabilité propre à chaque situation. Christophe Eggenschwiler ne souligne d’ailleurs : « qu’on ne peut pas vraiment comparer un producteur à un autre. Il y a autant de situation de départ que d’exploitation. ». /nqu


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