Dix-huit ans de prison ferme ont été requis ce jeudi contre une femme et son amant devant la Cour pénale d’appel à Porrentruy, tous deux accusés de l’assassinat du mari de la prévenue. Une peine identique à celle qui avait été prononcée en première instance en décembre 2020. Alors que la mère du foyer était sortie de l’appartement avec son fils aîné un dimanche matin, l’amant était entré dans le logement. D’abord pour frapper à la tête avec une massette le mari endormi aux côtés de ses deux plus jeunes enfants. Puis pour le traîner, encore vivant, dans la cuisine avant de mettre le feu à la pièce à l’aide d’essence et de la gazinière. Quelques semaines plus tôt, les deux amants auraient déjà tenté d’empoisonner le mari selon l’accusation.
Plus de 7'000 messages entre les deux amants figurent au dossier
Si l’homme endosse et assume la responsabilité de l’assassinat, la femme, jugée co-auteur en première instance, réaffirme qu’elle ignorait tout des plans de son amant. « Je ne sais pas pourquoi il a fait ça », clame l’appelante. « Alors il aurait fait ça comme ça ? », relance le juge. Le dossier contient pourtant plus de 7'000 messages échangés entre les deux amants, nombre d’entre eux perçus par l’accusation comme des actes préparatoires. Comme cette formule de huit chiffres et deux lettres qui semble désigner un médicament susceptible de réactiver le virus de l’hépatite dont avait souffert la victime. « C’est peut-être un numéro de téléphone », avance la femme, hésitante. A une amie qui détenait justement son téléphone, elle lui demande de supprimer certains messages envoyés au futur meurtrier de son mari. « De simples échanges d’amour », selon elle.
Une défense maintes fois désarçonnée
La défense met en lumière le quotidien douloureux d’une femme qui vit au côté d’un mari toxicomane après avoir fui la guerre en Afghanistan, victime de la culture de son pays d’origine qui lui interdit de simplement divorcer. L’amant tente lui aussi de la dédouaner dans une défense des plus chancelantes. Alors qu’il reconnaît juridiquement l’assassinat, il avance désormais « être allé voir la victime dans l’idée de discuter ». « Avec un marteau et un litre et demi d’essence ? », lance le président de la Cour avec ironie. Un long silence s’installe. Chaque question pique. « Vous moquez vous de la Cour ? ». Chaque question soulève une incohérence, parfois jusqu’au paroxysme. « Racontez-vous n’importe quoi pour la protéger ? », ose le magistrat Pascal Chappuis. « Oui », répond l’amant dont l’avocat parait tout aussi décontenancé à l’heure d’entamer sa plaidoirie. « Il n’a rien compris à vos question, il a dit n’importe quoi », lâche-t-il malgré la présence d’un interprète et de signes de l’accusé manifestant sa compréhension.
« Sans elle, son mari ne serait pas mort aujourd’hui »
Le juge cite encore ce message incitatif envoyé par l’épouse à son amant : « je veux que tu aies le courage de le tuer ». « Message si peu clair que mal traduit », balaie son avocate qui évoque des mots envoyés sous le coup de la colère (NDRL la traduction, effectuée deux fois, de ces nombreux échanges en langue afghane avait déjà été fustigée par la défense en première instance). Sa cliente n’avait, selon elle, connaissance d’aucun dessein funeste. « Jamais, sinon, elle n’aurait laissé ses deux plus jeunes enfants endormis avec son mari lors du sinistre », argumente Me Roberto qui relève que sa cliente n'a jamais eu le moindre geste violent dans ce dossier. « Pourtant, conclu le procureur à la veille du jugement (ce vendredi), sans elle son mari ne serait pas mort aujourd’hui ». /jpi









