Des élus delémontains et le promoteur du projet « Résidence de la Sorne » en cours de construction se sont livrés ces deux dernières semaines à une passe d’armes par presse interposée. Vérification de quelques affirmations majeures
Qui dit vrai dans ce qui devient « l’affaire de l’écoquartier » à Delémont ? Depuis une quinzaine de jours et le Conseil de ville du 29 août dernier, des élus delémontains et le promoteur du projet « Résidence de la Sorne » en cours de construction se sont livrés à une passe d’armes par presse interposée. Alors que le Conseil communal a émis diverses réserves, les « critiques » ont presque toutes été qualifiées de « propos mensongers » par l’architecte Michel Acquaroli. Nous avons vérifié quelques affirmations majeures.
Une communication difficile ? Relations existantes, mais souvent tendues.
Le Conseil communal affirme dans sa réponse à une question écrite sur l’écoquartier être confronté à de « grandes difficultés » pour obtenir des « renseignements sur le développement du projet », sous-entendant une communication difficile. À l’opposé, Michel Acquaroli soutenait sur RFJ « être en relation permanente » avec les autorités. Le promoteur est effectivement en contact régulier avec le maire de Delémont Damien Chappuis, et par son biais avec ses différents services. Il s’agit du canal de communication qui passe le mieux. Mais il faut préciser la qualité de ces échanges qui, selon nos informations, tournent régulièrement au rapport de force.
Les chiffres du label « Site 2000 watts » avancés par les élus sont-ils exacts ? Oui.
Les chiffres divulgués le 29 août dernier au Conseil de ville faisaient état d’une certification du label « Site 2000 watts » obtenue avec un taux de satisfaction de 57%, soit la moyenne de six notes obtenues dans différents domaines (60% en gestion, 52% en communication, coopération et participation, 57% en utilisation du site et urbanisme, 73% en approvisionnement et élimination, 52% en bâtiments, 53% en mobilité). Michel Acquaroli déclarait sur notre antenne : « Je peux affirmer que cela est faux. On a obtenu des valeurs très largement supérieures à celles qui ont été annoncées ». Après vérification auprès de l’organisation de « Site 2000 watts », les chiffres avancés par le Conseil communal et le conseiller de ville socialiste Jude Schindelholz s’avèrent exacts, corroborés par les documents de la certification. En revanche, l’analyse « politique » qui en a été faite, à savoir celle d’un examen « obtenu à la raclette », n’apparait pas des plus pertinentes. « Ça ne veut pas dire que c’est un projet moyen, mais un projet qui atteint une mise en place des mesures notablement supérieure que la moyenne », nous explique Francine Wegmüller, responsable de Site 2000 Watts pour la Suisse romande. Un « respect des engagements » qui n’est, selon elle, « pas qu’une simple formalité ».
La justice a-t-elle donné « une paire de claques monumentale » à la Ville de Delémont au sujet d’une menace de suspension de chantier ? Non.
Michel Acquaroli a affirmé que la justice avait donné dans cette affaire « une paire de claques monumentale » aux autorités delémontaines. Retour sur cette affaire dans l’affaire.
À côté du site de l’écoquartier se situent les bâtiments cantonaux de Morépont, zone a priori inondable en raison de la Sorne qui passe juste à côté. Pour éviter des mouvements de terrain en cas d’inondation, le système de protection veut que les parkings souterrains de ces bâtiments puissent être inondés. Pour éviter tout risque dû au nouveau chantier de l’écoquartier, le permis de construire exigeait donc que des mesures soient prises pour garantir cette inondabilité des parkings. Selon son avocate, Me Girard, Michel Acquaroli estime alors cette mesure précaution inutile puisque les travaux de Delémont Marée Basse entrepris ces dernières années ont nettement réduit le risque d’inondation. Mais la commune n’est pas d’accord et demande, pour en avoir le cœur net, une étude que le promoteur refuse de commander. Face à ce refus, le Conseil communal rédige alors une lettre de demande de suspension de chantier transmise à la justice. D’un commun accord, cette étude sera finalement prise en charge par la Ville de Delémont et révèlera « qu’aucune mesure n’est finalement nécessaire », le risque d’inondation étant désormais minime, ce qui rassure d’ailleurs les riverains auparavant inquiets. La Municipalité a donc réécrit à la justice pour demander d’annuler sa demande de suspension de chantier vu que le « problème » était réglé. La justice n’a donc jamais rendu de décision dans cette affaire. Des discussions sont en cours quant à la répartition des frais de justice et d’avocats engendrés par cette procédure.
Des élus émettaient des doutes sur les zones réservées aux vélos, le plantage des arbres et les performances écologiques des bâtiments. Qu’en est-il ?
Lorsque nous nous sommes rendus sur le chantier, Michel Acquaroli nous a montré les zones réservées aux vélos qui sont déjà définies et effectivement démarquées au sol. Pour les arbres, selon nos informations, le processus est en cours pour commander les quelque 120 arbres promis, avec différentes essences. En l’espèce, comme le dit Michel Acquaroli, « attendons la fin du chantier ». Il convient aussi de relever que le projet a reçu le label « Minergie P », des plus exigeants, qui témoigne d’un concept global d’autonomie des bâtiments et d’une consommation énergétique la plus faible possible.
Emmanuel Koller aurait-il dû se « récuser » pour porter la réponse du Conseil communal à la question écrit de Céline Robert-Charrue Linder ? Oui.
Comprendre ce point de détail nécessite de reprendre le dossier des parkings inondables évoqués précédemment. Ces parkings appartiennent à la Caisse de pensions de la République et Canton du Jura… dont Emmanuel Koller, conseiller communal et chef du département de l’urbanisme, est le directeur. Par conflit d’intérêts, l’élu s’est donc récusé dans ce dossier, sortant de la salle chaque fois que le Conseil communal delémontain traitait du chantier de l’écoquartier. Emmanuel Koller a en revanche porté à la tribune du dernier Conseil de ville la réponse du Conseil communal à la question écrite de Céline Robert-Charrue Linder et répondu aux interviews sur le sujet. Rôle dont il aurait pu, par cohérence, s’abstenir si l’on suit la logique de la récusation sur ce dossier. /jpi












