Sensibilité et responsabilité, les défis du nouveau Gouvernement

Avant le second tour, la collégialité avait été érigée en enjeu majeur. Avec un exécutif bicolore ...
Sensibilité et responsabilité, les défis du nouveau Gouvernement

Avant le second tour, la collégialité avait été érigée en enjeu majeur. Avec un exécutif bicolore doté d’une majorité de trois socialistes, le Gouvernement devra faire preuve de sensibilité et de responsabilité face à l’intérêt général.

Le nouveau Gouvernement composé de (gauche à droite) : Valentin Zuber (PS), Stéphane Theurillat (Le Centre), Rosalie Beuret Siess et Raphaël Ciocchi (PS), Jean-Paul Lachat (Le Centre). Le nouveau Gouvernement composé de (gauche à droite) : Valentin Zuber (PS), Stéphane Theurillat (Le Centre), Rosalie Beuret Siess et Raphaël Ciocchi (PS), Jean-Paul Lachat (Le Centre).

Pour la première fois de l’histoire du Jura, le Gouvernement bascule à gauche, qui plus est avec trois ministres issus du même parti socialiste. L’exécutif ne sera, de plus, « que » bicolore avec deux ministres centristes pour compléter le quinté gagnant. Alors que la sacrosainte « collégialité » avait été érigée en enjeu majeur de l’entre-deux-tours, le nouveau Gouvernement fait désormais face à d’autres défis : ceux de la sensibilité, et de la responsabilité.

L'analyse de Jérémie Pignard

De la sensibilité parce que ce Gouvernement bicolore PS - Le Centre devra veiller à ne pas se couper de son parlement aux sept formations politiques à majorité de centre-droite. Il devra éviter une paralysie des institutions comme le craint déjà le président de l’UDC. « Avec trois ministres socialistes, ça va être très difficile à gouverner du fait que l’on a un Parlement de droite. Il y aura quelques conflits, on va s’annuler des décisions, ce sera un peu plus compliqué de légiférer », glissait Alain Koller après les résultats. Pour trouver des lignes d’entente avec le Parlement, il faudra savoir écouter. « On devra être attentif à entendre les autres partis qui ne sont pas représentés au Gouvernement », relève le ministre du Centre Stéphane Theurillat. 


« Faire passer ces sensibilités à nos collègues socialistes »

À entendre son collègue de parti et nouveau ministre, Jean-Paul Lachat, il reviendra surtout aux ministres socialistes d’écouter les différentes sensibilités. « Il faudra que l’on arrive à faire passer les sensibilités de ces formations de droite auprès de nos collègues socialistes. J’espère qu’ils seront sensibles à ces questions, c’est absolument nécessaire qu’ils le soient pour parvenir à construire des projets équilibrés pour l’intérêt de l’ensemble du peuple jurassien », envoie le nouvel élu de Clos du Doubs. En résumé, on demande à la gauche de ne pas faire « trop de gauche » à l’heure où les finances cantonales sont dans le rouge. Un appel à la responsabilité face à l’urgence financière. 


Placer le curseur « un peu plus à gauche »

Néanmoins, Raphaël Ciocchi n’entend pas pour autant renier son âme socialiste. « On n’a pas encore enterré l’idée de convaincre les gens autour de la table au Gouvernement, mais aussi dans nos relations au Parlement. On veut amener dans certaines politiques publiques un peu plus de fibre sociale, placer le curseur un peu plus à gauche », esquisse le nouveau ministre. Mais pas à gauche toute, parce que les caisses ne le permettent pas. Et la ministre en charge des finances, socialiste, en sait quelque chose. Rosalie Beuret Siess confessait d’ailleurs à demi-mot sur RFJ avant le 1er tour que le programme socialiste, difficile voire impossible à financer, n’était pas complètement applicable pour les cinq prochaines années : « Quand on est en campagne, on met les projets que l’on a pour la population jurassienne à moyen et long terme. Mais quand on est en responsabilité, on se doit de travailler avec les contraintes financières qui ne nous permettent pas forcément de faire tout ce que l’on souhaiterait en termes d’avancées sociales ». 


Les socialistes attendus au tournant... 

D’autant plus qu’à droite, notamment à l’UDC devenue la troisième force politique du nouveau Parlement, on attend déjà les socialistes au tournant. « Il faudra que les trois socialistes assument les décisions qui seront prises. Car on est dans un canton au bord du gouffre, et si on ne prend pas rapidement des décisions, on sera très rapidement en faillite », partageait dimanche soir le candidat malheureux Fred-Henri Schnegg à ses sympathisants. Voilà les socialistes appelés d’un côté à renier leur idéal, tiraillés de l’autre par leurs électeurs qui leur ont donné mandat pour mener une politique de gauche. Un difficile numéro d’équilibriste qui demandera assurément une collégialité sans faille, et surtout une sacrée science du compromis. /jpi


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