Professeur de sciences politiques à l’Université de Genève, Pascal Sciarini estime qu’une situation de cohabitation entre un gouvernement et un parlement aux majorités politiques différentes ne mène pas forcément à un blocage.
À l’issue du second tour de l’élection au gouvernement jurassien dimanche, des voix déplorent un risque de blocage au niveau des processus parlementaires. À droite, on s’inquiète de la majorité acquise à l’exécutif par le Parti socialiste (PS) ; pour certains, cette prépondérance de la gauche sera incompatible avec la majorité de centre-droit du parlement. Mais le blocage n’est pas inévitable, de l’avis du professeur de sciences politiques à l’Université de Genève Pascal Sciarini : « La meilleure preuve, c’est que ce n’est pas une situation inédite. Elle est peut-être inédite pour le canton du Jura, mais on l’a connue ailleurs en Suisse et notamment en Suisse romande ces dernières années. » Il cite les exemples des cantons de Vaud (entre 2012 et 2022), de Neuchâtel (entre 2013 et 2021) et de Genève (entre 2021 et 2023). « C’est sûr que ça impose des contraintes supplémentaires, c’est moins facile de gouverner que s’il y a une cohérence entre la majorité du gouvernement et celle du parlement. Mais cette situation de cohabitation « à la Suisse » n’est pas nécessairement synonyme de blocage », poursuit Pascal Sciarini. Selon lui, le système politique suisse impose de toute façon aux gouvernements de chercher des solutions susceptibles de rencontrer un large soutien, dans la mesure où il faut certes passer le cap du parlement, mais potentiellement aussi celui de la démocratie directe. « On est habitués, en Suisse, à trouver des solutions qui vont au-delà de celles préférées par un camp donné. » La clé de la réussite dans une configuration telle que celle du Jura pour la prochaine législature tiendra donc à la capacité de consensus des membres de l’exécutif : « Concrètement, dans le cas du Jura, il est évident que le PS ne pourra pas faire strictement, purement sa politique », ajoute le politologue.
Pascal Sciarini : « Une situation ni nouvelle, ni très originale. »
L’échec de l’UDC au gouvernement, « un grand classique »
Interrogé sur l’importante progression de l’UDC au Parlement jurassien et son échec à entrer au Gouvernement, Pascal Sciarini y repère un motif qui se répète presque partout en Suisse. Selon lui, l’UDC réussit très bien dans les élections à la proportionnelle, où il s’agit de mobiliser, ce qu’elle parvient très bien à faire. « En revanche, dans une élection majoritaire, il faut être capable d’aller chercher des voix au-delà de son propre camp. Et ce qui est un avantage pour l’élection à la proportionnelle devient un inconvénient pour l’élection majoritaire, parce qu’avec ce profil très marqué à droite, l’UDC peine à faire alliance et à trouver des soutiens. »
« Un avantage qui devient un inconvénient. »
C’est une situation qui se retrouve dans presque tous les cantons : « L’UDC est presque systématiquement sous-représentée au gouvernement par rapport à sa force parlementaire », analyse Pascal Sciarini. /lad













